Le Breton Brieg Guerveno sort en ce mois de mai 2025 son cinquième album, Un noz a vo ("Une nuit viendra"). 

Si son premier album (Valgori en 2016) était plutôt énervé et proposait un rock puissant (presque stoner) bien senti, ce nouvel album poursuit le virage folk entamé par la suite (Vel Ma Vin en 2021).

Vous l'aurez peut-être deviné au titre de l'album, Brieg Guerveno chante en breton et à moins d'être breton vous-même, il y a fort à parier que peu d'entre nous comprendrons les paroles. Est-ce un problème ? Clairement pas. Le garçon se revendique d'ailleurs comme un grand fan de Sigur Rós et même si les Islandais chantent dans une langue imaginaire, Guerveno a su capter ce qui rend magique la musique de Sigur Rós au travers de cette langue si évocatrice et chargée d'émotions alors que l'auditeur n'en comprend pas un traître mot.

Et bien c'est pareil chez Guerveno, ses chansons sont aussi belles si l'on comprend les textes que si on ne les comprend pas. Ainsi "Kalom Flamm" qui commence comme une chanson folk et se termine dans une montée de cordes vertigineuse nous séduit dès l'ouverture de l'album (on est même tenté de passer ce morceau en boucle mais ne le faites pas tout de suite, le reste de l'album est largement à la hauteur). Cerise sur le gâteau, le très beau clip associé (réalisé par Gwendal Stephan) est sous-titré en anglais et en français. Résultat, les textes sont aussi beaux à lire qu'à écouter. 

Mais Brieg Guerveno ne fait pas que réciter son petit Sigur Rós illustré et hormis l'utilisation de la langue comme d'un instrument à part entière (sa voix ronde et douce est capable de monter assez haut sans sourciller), il s'avère être un excellent songwriter et sa musique inspirée et envoûtante nous emporte dans un voyage imaginaire au gré des instruments classiques (pas mal de cordes notamment) et de quelques éléments plus électro (comme le magnifique "Hebiou Din").  

Certains titres proposent des ambiances presque mystiques comme "Ar gambr Sklas", quelque part entre Anohni (dont il s'inspire aussi) et The Irrepressibles.

Cet album est une belle réussite et la langue utilisée n'y est sans doute pas pour rien. "Eviti", titre qui démarre en piano / voix accompagné d'une rythmique lente et profonde pour finir par trois minutes totalement hypnotiques est superbe avec sa superposition de voix. "Pell war an hent" est un véritable tube électro pop. L'instrumental "Pastoral" qui ferme l'album durant plus de 4 minutes est à son tour totalement envoûtant et hypnotique. 

Quoi qu'il en soit, ne vous arrêtez pas à la langue ou à vos a priori sur la musique bretonne (ce disque n'est pas du tout un disque de musique bretonne),  Un Noz a vo est un magnifique disque qui propose un paysage musical aussi riche et majestueux que les paysages bretons. Et au final, qu'importe la langue quand un artiste sait au travers de ses chansons véhiculer autant d'émotions que le fait Brieg Guerveno.