Catherine Watine est une touche-à-tout. Depuis plus d'une décennie, elle nous propose de magnifiques albums dans lesquels elle prend un malin plaisir à nous surprendre que ce soit en son nom, ou sous celui de son projet plus électro Phös.
Que ce soit avec de la chanson sous toutes ses formes (de Atalaye à Errances Fractales ou des albums instrumentaux (Cinétique Géostationnaire, Short series of arranged piano). Quand Watine ne fait pas de musique, elle oeuvre pour que les autres en fassent et organise régulièrement des concerts chez elle avec des groupes toujours de bon goût.
Bref, Watine vit par et pour la musique et ce nouvel album qui sort malheureusement un peu en catimini vient imposer un peu plus sa patte, trop discrète, dans le paysage musical français.
Cet album N'être qu'humaine est bien résumé par son titre. Un disque sans fard, qui touche à l'intime et évoque l'amour, la perte, le renoncement, la vie quoi... Une vie qui s'écoule au travers des mots de Watine et que l'on perçoit clairement comme un voyage introspectif. Néanmoins, si le ton de ce disque est assez mélancolique, voire triste, il ne tombe jamais dans un pathos malsain, au contraire même. On sent que ce disque est une façon pour elle, non pas de tirer un trait, ni de se complaire dans la mélancolie, mais de s'en servir comme une force au service de sa musique.
Et la poésie de ses mots (parfois même de ses jeux de mots) donne à ce disque une classe folle. Par ailleurs, cet album n'est pas non plus nombriliste et Watine y évoque aussi l'état de notre monde, plutôt mal en point sur "Il pleut Albert" qui est une sorte de lettre à Albert Einstein.
Accompagnée essentiellement de son piano, Catherine Watine distille de sa voix toujours aussi touchante et élégante ses textes sans filet (le titre qui ferme le disque, "Il me raconte", parle de son fils disparu dans un accident de moto en 2019 ne peut pas vous laisser insensible, bien au-delà du texte, la musique est un voyage émotionnel à elle seule).
Au milieu de ces chansons piano-voix, quelques autres éléments viendront ponctuer les morceaux (bruits de nature, quelques cordes - très belles - et bidouillages sonores). On écoute ce disque avec la plus grande attention et le respect de ceux qui ne veulent pas déranger cette communion entre Watine et son piano, avec une certaine solennité et beaucoup d'émotions.
Si vous ne connaissez pas encore Catherine Watine, foncez sur ce disque ! Si vous connaissiez le reste de son œuvre, foncez aussi sur ce N'être qu'humaine, sorti discrètement, certes, mais qui a quand même des airs de chef-d'œuvre à se procurer d’urgence.