Plus tard, il a continué d'enfoncer le clou avec son groupe Chelsea, notamment avec son premier album Réservé aux clients de l'établissement sorti en 1991 qui était pour moi à l'époque un de mes disques préférés.
Cette pop claire, élégante, aux textes fluides et délicats m'avait envoûté et les albums suivants n'avaient pas démérité (Tramway et Nouvelles du Paradis).

C'est qu'à l'époque, ce genre de musique très anglosaxonne associée à des textes en français, ça ne courait pas les rues et incroyable de pouvoir écouter une musique qui correspondait à notre sensibilité musicale (pop anglaise) et comprendre enfin les paroles sans effort !

Quelques années plus tard, le groupe changera de nom suite au départ d'un des membres mais reprendra la suite avec Est-ce que l'amour restera ? sous le nom de Melville. Plus énergique, plus électrique, plus musclé mais toujours avec cette même élégance pop rock que l'on trouve habituellement outre-Manche.

Un seul album verra le jour malheureusement et il faudra attendre 2005 et une nouvelle identité ; La Guardia pour entendre à nouveau la musique de Tellier dans un genre sensiblement différent de son travail précédent. Moins "anglais", plus chanson, plus américanisant, plus long aussi. Pas désagréable mais sans réussir à atteindre le triptyque des trois albums de Chelsa.

En 2009, Tellier reviendra avec encore un nouveau groupe, 49 Swimming Pools et trois albums plutôt chouettes, comme des passerelles manquantes entre Chelsea et La Guardia.

Mais sans doute lasser de changer sans cesse de nom de groupe, Emmanuel Tellier décide de désormais sortir ses disques sous son nom. C'est ainsi que naît La disparition d'Everett Ruess, un album issu d'une longue enquête aux Etats-Unis d'Emmanuel Tellier autour de la disparition d'Everett Ruess, un explorateur qui disparu sans laissé de trace en 1934.

Cette trop longue introduction pour dire qu'Emmanuel Tellier vient donc de sortir un nouvel album : Here comes the man with the gun. Nouveau projet, avec Antoine Chaperon, qui n'ose pas vraiment prendre de nom de groupe cette fois et l'on retrouvera cet album sur les plateformes sous le nom d'Emmanuel Tellier, il faudra aller chercher dans la parenthèse après le titre de l'album pour y trouver le nom du projet : Six and Seven.

Alors bien sûr, la langue française a disparu depuis longtemps du répertoire de Tellier (depuis 49 Swimming Pools en fait) mais on retrouve pourtant toujours cet ADN pop, notamment grâce à la voix et la façon d'en faire usage de Tellier. Musicalement, c'est toujours aussi élégant, fluide et flatteur pour l'oreille et propose un mélange pop folk qui hérite autant de Chelsea que de son travail sur "Everett Ruess". Influences pop et rock maintes fois digérées et appropriées, aujourd'hui Tellier navigue définitivement en terrain conquis en s'affranchissant de ses références de jadis. Et si le premier album de Chelsea évoquait Tim Booth (du groupe James), c'est ici à Arthur Lee (du groupe Love), à Faye Dunaway, Jason Pollock  ou encore Brian Epstein (manager des Beatles) que Tellier rend hommage de bien jolie façon.

Un disque qui s'écoute avec le plaisir de retrouver Emmanuel Tellier pour qui a suivi sa carrière et qui est un bon point d'entrée pour qui serait passé à côté jusque-là.