"Dante had Virgil for a guide, I had Liszt" Thomas Adès
A ceux qui n’entendent rien à la musique "classique" contemporaine mais qui sont ouverts à la découverte, ceux qui aiment la densité, le travail de timbre, la cohérence de la construction, la tonalité, la musique évocatrice, le compositeur britannique Thomas Adès pourrait être une des bonnes portes d’entrée et ce disque avec. Chez lui chaque note, chaque rythme, chaque nuance a une importance presque viscérale.
Difficile de circonscrire le compositeur dans une esthétique, il est de son époque, nourri de nombreuses influences : György Kurtág, Stravinsky, György Ligeti, Erwin Schulhoff, Anton Webern, Bernard Herrmann, le jazz, le rock… On s’en rendra compte dans la fantastique suite en huit mouvements tirée de son opéra Powder her Face, basé sur la vie dissolue de la duchesse d'Argyll (et cette fameuse histoire de "l'homme sans tête"). Grand orchestre mais une science de la précision et beaucoup de subtilité dans l’orchestration qui mettent en évidence son attrait pour les grandes nuances, les couleurs et les dynamiques.
Plus belle peut-être encore, plus impressionnante la suite Five Spells from The Tempest tirée cette fois de l’opéra The Tempest. Pensé comme une symphonie, les instruments assurent les rôles vocaux. Adès y montre tout son talent de coloriste.
Le disque se termine avec puissance et force avec l’Inferno suite. La suite, qui sait être aussi dense qu’éthérée, tirée de Dante Project, son premier ballet, conçu en collaboration avec le chorégraphe Wayne McGregor, donne à entendre des accents presque fantastiques (Berlioz n’est pas si loin) ou gothiques.
Adès est à la direction et règne en maître, le London Philharmonic Orchestra brillant avec une phalange de bois et de cuivres intéressante, version à découvrir et posséder donc.