Texte de Rabelais adapté par Alain Payen avec Alain Payen, Patrick Alluin, Violette Erhart ou Camille de Preissac.
Loué soit le nom d'Alain Payen pour avoir réveillé tout un petit monde qui décrit une France oubliée, une France heureuse et rigolarde, tapie dans les confins de la Loire pour mieux profiter de ses vins aux belles couleurs et gouvernée par une dynastie de géants débonnaires aux noms évocateurs : Grandgousier, Gargantua, Pantagruel...
C'est un savant, un médecin né dans le coin, à la Devinière, au cœur de la Touraine, François Rabelais qui s'est fait le chantre de la geste de Pantagruel. Il en a profité, car il était aussi philosophe, pour parler éducation, mariage, relations hommes-femmes, etc...
A partir du Tiers livre, ce sont les compagnons de guerre et de beuverie qui sont les véritables héros. Et, le monde était bien fait, c'est pour cela qu'Alain Payen, qui par ailleurs prend les traits d'Epistémon et même ceux de Pantagruel, a décidé d'appeler son spectacle "Panurge".
Il sait, le bougre, que celui dont le patronyme évoque pour tous une "histoire de moutons" pas très futés, est le véritable héros de tout le reste de l'œuvre de Rabelais et des pages apocryphes qu'on lui prête forcément à tort. Comme il a l'œil rieur et le cerveau bien fait, Alain Payen a élagué bien des pages trop rébarbatives car le subtil Rabelais craignant l'Inquisition développait des théories sulfureuses dans des ouvrages apparemment paillards. Il a aussi éliminé moult listes qui amusaient à l'époque et plus aujourd'hui. Bref, dans Panurge on va suivre icelui et ses compagnons en voyage par delà les mers pour résoudre une question qui le taraude : s'il se marie comme il en a envie ne risque-t-il pas d'être cocu ?
Si l'on ne l'écrit pas trop fort à l'ère de "Me Too", cette problématique un petit peu masculiniste est toujours à-propos aux temps du gouvernement Bayrou.
Le dilemme de Panurge, mariage-pas mariage et donc cocu-pas cocu, le fera rencontrer tout un tas de charlatans et d'incompétents, prétextes à ne point s'ennuyer et à trouver enfin la solution, celle que détient la princesse Balbuc et qui doit atteindre un bon 14,5 degré : la dive bouteille.
Ce passage tardif que l'on trouve dans le cinquième livre sort bien, selon les plus doctes universitaires qui l'affirment à jeun, de la plume truculente de Rabelais. Il vaut largement le déplacement comme toute la joyeuse épopée racontée ici.
Habillés en chasseurs de la Sologne toute proche, Alain Payen, déjà largement cité, Patrick Alluin en Panurge en pleine interrogation et Camille de Preissac (ou Violette Ehrart) quittant le treillis pour une magnifique robe rouge, n'hésitent pas à se démultiplier et sont attentifs à jouer sérieusement cette joyeuse pochade.
En l'allégeant tout en le respectant, la petite troupe ranime sur scène l'esprit de Rabelais pour le bonheur d'un public qui leur sait gré de le remettre sur le droit chemin, celui où rire et sourire est un devoir suprême.
Oyez, oyez, bonnes gens, "Panurge" n'est encore à Paris que pour quelques représentations : il faut s'y rendre fissa et en toute légalité, en sachant que "l'abus de dive bouteille est dangereux pour la santé".