Le monde va mal, l’humanité part en vrille et la nature est mise à mal. Bref, on va tous mourir dans d'atroces souffrances et Mauvais Sang nous regardera brûler en nous répétant "on vous l’avait dit".
Pas tant que les membres de ce jeune groupe déjà auteur d’un EP remarqué La Flore se prennent pour des prophètes mais parce que du haut de leurs 30 ans à peine, les Savoyards regardent le monde en se projetant un peu plus loin et en imaginant, souvent, le pire ("La danse du feu").
Mais heureusement, ils imaginent aussi des solutions, comme l’exil vers une autre planète par exemple ("Là-bas le monde"). Certes, c’est radical. Mais avant d’en arriver là, posons-nous les bonnes questions sur la planète mais aussi sur nous. C’est ce que fait aussi ce disque très justement nommé La Faune.
La composition du groupe est assez atypique pour un groupe de pop à tendance noise. Si on retrouve les classiques du genre : chant (masculin et féminin) accompagnée du triptyque guitare-basse-batterie, on retrouvera également violon, harpe et quelques bidouillages électro bien sentis.
Ceci dit, il serait réducteur de réduire Mauvais Sang à un groupe de noise / pop / post-rock, chansons à textes. La construction de leurs morceaux est plutôt étonnante. Ainsi en est par exemple "Nouvelle ère", morceau quasi a cappella sur lequel s’invitent un méchant son de basse saturé et des bruits qui pourraient surprendre (mais non, votre platine fonctionne très bien, c’est normal) en tout genre qui donne au titre un effet dramatique et presque angoissant incroyable avant de se terminer sur quelques notes des plus délicates. "Nuit Venin" qui lui succède poursuit dans la voie des bidouillages électroniques saturés accompagnés du duo de voix si claires et douces qui offre un saisissant contraste d’une part avec la musique mais également avec les textes qui sont toujours d’une part très élégamment écrits et d’autre part, pas toujours très optimistes. L'ensemble rend le morceau hypnotique, comme une incantation. Magnifique.
Sans citer chaque titre, car ils ont tous leurs qualités et portent tous un message à qui voudra bien l’entendre, parlons encore de "Sybille" qui, si on devait le rapprocher de quelque chose, pourrait sonner comme un mélange entre Dominique A pour l’élégance de la prosodie et un Damien Saez militant.
"Loin" est un long morceau pop très mélodique qui fait la part belle au violon notamment. On pense parfois au Voyage de Noz avec une progression très post-rock qui s’étale sur 10 minutes et termine l’album en apothéose. C’est mieux qu’en apocalypse, il faut bien l’avouer.
Dense, poétique, voire politique, c’est un superbe disque donc que ce La faune de Mauvais Sang. Un groupe qui sort de l’ordinaire et propose un "concept-album" autour de la société d'aujourd'hui et de demain, un peu à la façon de Bambi Galaxy de Florent Marchet mais dans un style tout à fait différent.
A écouter avec curiosité et une oreille attentive aux textes ! Une réussite.