Réalisé par Karim Essaoui. Drame. 1h33. Sortie le 7 mai 2025. Avec Sammy Lechea, Zar Amir, Hamid Amirouche, Djalila Kadi-Hanifi.

Pour son second long métrage après "En attendant les hirondelles" (2017), Karim Essaoui a décidé d'adapter un roman de Samir Toumi, "L'Effacement", paru en 2016.

On a rarement l'habitude de se retrouver dans les milieux dirigeants algériens, de découvrir les maux qui empêchent les élites de ce sortir du marasme qui les plombent depuis la décolonisation suivie des années noires de la guerre civile.

Reda Belamri (Sammy Lechea) est un fils de famille. Son père est un oligarque qui a construit sa fortune depuis que le FLN a pris le pouvoir. Il est autoritaire et s'entend mal avec ses enfants. L'un d'eux a préféré partir vivre sa vie en France. Le second s'est soumis à l'ordre paternel et accepte d'occuper le poste que son père lui a destiné dans une entreprise d'état.

Brillant, mais un peu mangé par l'autorité paternel, Reda appartient à cette génération des fils qui vivent dans l'ombre de leurs pères, fondateurs du régime. Trop timoré, il est victime d'un mal étrange, celui qui donne le titre au film : quand il se regarde dans une glace, il ne voit pas son reflet. Les pères pélicans ont mangé leurs fils.

Dès lors, le film change de registre à l'étude sociale succède une étude psychologique sur ce personnage ombrageux, bouillant de haine, voulant prouver par tous les moyens qu'il existe, même négativement, même à l'occasion d'un bain de sang.

Quand son père disparaît et que ses adversaires se déchaînent contre lui, voulant lui montrer qu'il n'est rien sans l'ombre tutélaire de son géniteur. A force d'humiliation, il va se réveiller et se transformer en ange exterminateur.

Le portrait que dresse Karim Essaoui de la société algérienne est accablant. Elle ne se surpasse que dans le négatif. Tout va s'enchaîner pour que sa jeunesse sombre dans le ressentiment, fasse parler son instinct de mort, disparaisse dans le néant.

Le jeune acteur, Sammy Lechea, est impressionnant. Autant francophone qu'arabophone, il a sa place dans le cinéma français.

Comme son réalisateur, on lui prédit une belle carrière après cette prestation où il peut montrer toutes les facettes de son talent.

"L'Effacement" de Karim Essaoui est un film important : en le regardant attentivement, on peut en apprendre beaucoup sur les inutiles malentendus franco-algériens.