Spectacle écrit par Céline Milliat-Baumgartner mis en scène par Pauline Bureau avec Céline Milliat-Baumgartner.

On finit tous par être orphelin. C'est dur de l'être à 65 ans, alors que dire quand ça vous arrive à huit ans. C'est l'histoire que Céline Millat-Baumgartner a d'abord racontée dans un court roman, "Les Bijoux de pacotille" et qu'elle a adaptée pour la scène en 2018.

Le roman comme sa version théâtrale n'ont pas mis longtemps à devenir des classiques touchant au profond du cœur et de l'âme lecteurs et spectateurs.

Actrice de formation, Céline Millat-Baumgartner s'incarne elle-même. Cette quadragénaire juvénile, porteuse d'escarpins, dans une robe bleue et un chemisier de la même couleur, n'a aucun mal à se refléter en jeune fille dans le miroir qui occupe une grande partie de l'arrière de la scène.

C'est que le temps est important pour elle : ses parents sont morts dans la trentaine carbonisés dans un accident routier. Et là voilà, à un âge qu'ils n'attendront pas, au seuil de la maturité voire du premier déclin. Avec d'eux, quelques babioles qui lui fournissent le titre, et précisément de sa mère quelques images animées dans les films et les téléfilms où elle a apparu.

Michelle Baumgartner, Céline peut la revoir dans un Truffaut, "La Femme d'à côté". Mais elle n'aime pas ce fantôme qui n'a pas le meilleur rôle dans un film surcoté. Alors, il lui faut combler son manque de maman avec le sentiment lointain des années heureuses, réelles ou pas, celles d'une enfant né d'un couple d'acteurs, donc forcément déjà beaucoup absents avant de disparaître à jamais.

Par petites touches, sans user de formules dramatiques, elle conte sous quelles formes elle contient son manque d'affection, inventorie le "pour" et le "contre" du statut d'orphelin. Elle se console avec des évidences tragiques : jamais elle ne verra sa mère vieillir, entrer dans la sénilité. Maigre viatique.

Sur une scène où il n'y a qu'un carton, solitaire, à la fois boîte de Pandore potentielle  et symbole d'une mémoire vide, Céline parle et esquisse un semblant de danse.

Tout est pensé : une scénographie intimiste d'Emmanuelle Roy, une mise en scène tenue et tendue par Pauline Bureau, dans un minimalisme savant qui conduit peu à peu le spectateur sans méfiance vers l'afflux de larmes.

Il suffira de quelques notes anodines, dont l'assemblage ne va pas tout de suite de soi, pour que Céline Millat-Baumgartner reconstitue, en chantonnant délicatement, un "succès de larmes" que savoureront tous ceux qui ont la chance de le bien connaître.

Oui, dans les yeux de toutes les mères, il y a une lumière. Dans le cas de Céline Millat-Baumgartner, il faut peut-être plutôt parler d'éclair ou de flash.

Avec ce qui dure un instant, elle illumine un malheur qu'on ne souhaite à personne. En une heure, ce beau spectacle fournit une leçon incomparable de vie et d'amour.