Réalisé par Kelly O'Sullivan et Alex Thompson. Drame. 1h55. Sortie le 30 avril 2025. Avec Keith Kupferer, Katherine Mallen Kupferer, Tara Mallen, Dolly de Leon.

Voilà un film pour critiques. Pour critique nostalgique d'un temps désormais révolu où le cinéma étasunien avait dans ses stocks, souvent inépuisables, des "films indépendants".

On les découvrait au petit bonheur la chance, souvent quand un réalisateur dit indépendant avait fait un succès qui lui permettait de rejoindre l'industrie hollywoodienne.

Maintenant, à l'heure où règnent les blockbusters Marvel, le cinéma est une industrie même dans son cinéma d'acteurs. Plus question de dépenser de l'argent sur des sujets dits risqués.

Ghostlight a tout pour faire fuir les producteurs : le héros est un prolétaire. Chose aggravante, il a du vague à l'âme (on comprendra pourquoi en allant voir le film) et pour tout arranger, il entre par hasard dans un théâtre... et en ressortira en néo-Roméo, mis en scène par une improbable metteuse en scène d'origine philippine, Dolly de Leon.

Pour tout réalisateur avide de succès, s'attarder dans un milieu de théâtreux, fût-il composé d'amateurs, est une hérésie. Surtout que le personnage de Keith Kupferer est lui-même peu convaincu par la chose théâtrale et ne s'imagine pas réciter de longues tirades shakespeariennes tirées de Roméo et Juliette.

Et pourtant, Dolly de Leon ne va pas le ménager. En outre, pendant une bonne partie du film, il devra cacher à ses proches (joués ses proches, comme dans tout vrai film indépendant au budget serré), qu'il s'adonne à ce vice bourgeois consistant à déclamer sur des planches.

Dès lors, on comprend pourquoi le critique cinématographique, toujours prompt à disserter sur le "cinéma dans le théâtre" ou le "théâtre dans le cinéma", frétille devant Ghostlight. La question qu'il faut résoudre s'intéressera donc, a contrario, au spectateur lambda : sera-t-il sensible à ce qui fait se pâmer le critique. Il sera face à des acteurs inconnus, de plus jouant des comédiens de théâtre... Est-il seulement apte à juger que ces amateurs sont crédibles quand ils jouent sur scène avec cœur et talent ?

A la vue de l'affiche, qui dessine en pointillé une scène de théâtre en costume et met en avant le père et la fille Mallen, deux parfaits inconnus, aura-t-il seulement envie de risquer à la fois ses euros et ses heures de détente ? Et que dire du titre ? "Ghostlight", c'est un terme de théâtre pour désigner une lumière permanente, celle qui empêche la scène d'être totalement dans le noir, et l'on conçoit bien qu'ils soit énigmatique même pour un locuteur anglo-saxon...

Bref, sauf si le critique a un pouvoir hypnotique sur son lecteur, il aura bien du mal à le faire franchir le seuil de la salle obscure. Dommage car Ghostlight est en fait un "feel good movie", un de ces films qui donne la pêche tout en laissant quelque temps une trace de larme au coin de l'œil. Pour convaincre, on userait bien de l'argument massue, celui consistant à promettre de rembourser le prix de sa place au spectateur qui n'aurait pas été satisfait.

Non, pas la peine de forcer ceux qui préfèrent revoir Tom Cruise dans sa nouvelle mission. Simplement leur dire que leur acteur favori, jamais essoufflé, tournera bientôt le remake de Ghostlight.