Précédé d’un rugissement annonciateur,
Je vais vers les rochers, attiré par le bruit,
Ô, reine des fleuves, Fontaine de Trevi.
 Surgissent des palais des cascades d’argent.
Arrachés à la mer des coursiers se cabrant,
Heureuses, les déesses te font bonne mine,
Aqua virgo, Neptune devant toi s’incline". Aqua virgo, extrait Viatcheslav Ivanov
Sonnets romains et autres poèmes

Élégance, voilà un terme qui n’est pas usurpé quand on parle du jeu du pianiste Clément Lefebvre.

Il y a chez Scriabine comme une vague qui vous submerge, une vague mélodique, harmonique, et le plaisir dans ce disque de se projeter dans une musique où Clément Lefebvre dépasse le regard sur les rapports structurels et harmoniques. Parfois, le sentiment d’être totalement dépassé (sentiment que le pianiste arrive à contenir) par une musique semblant provenir du néant pour exploser dans une forme de climax extatique (et quand on sait que le compositeur essayait de contrer ses élans, tentait de se limiter, de se donner des cadres), du sombre vers la lumière.

S’il est question de transfiguration même chez le jeune Scriabine alors Clément Lefebvre l’a totalement compris dans cette intelligence de jeu (tendre cette corde entre Chopin et les audaces futures mais déjà présentes ici comme en état de bourgeons du compositeur), de logique narrative : dans la sonate n°3 et ses motifs structurants, dans la profondeur qu’il apporte aux impromptus opus 10,12 et 14, dans sa façon de colorer intensément la superbe Fantaisie op 28 d’un romantisme noir brillant. Magnifique.