Frank Martin

Transversalité chez Marianne Piketty n’est pas un vain mot : derrière une idée directrice (Une marche dans la nuit, la sérénissime Venise, la résistance et la promesse de vie…) mélanger les époques, les esthétiques, les compositeurs (Alex Nante, Vivaldi, Hildegarde de Bingen, Karl Amadeus Hartmann, Philippe Hersant, Locatelli, Lili Boulanger…). "Mettre en perspective pour mieux percevoir, mieux comprendre" est le crédo de la violoniste et de son ensemble Le Concert Idéal.

Ce nouveau disque s’articule autour du superbe Polyptyque de Frank Martin composée en 1973 pour violon seul et deux petits orchestres à cordes, six images de la Passion inspirées du retable de Duccio, chant éperdu entre douleur et apaisement, musique pleine de reliefs et d’équilibres, ce "lyrisme intranquille" comme qualifie Alain Corbellari la musique de Martin.

Pour entrer en dialogue avec la pièce de Frank Martin dépeignant selon Marianne Piketty "la futilité d’une gloire éphémère, désespoir d’une âme perdue, angoisse, violence d’une foule, désarroi et solitude – et ceux que nous pouvons éprouver face au chaos humain que nous traversons. Cette musique d’inspiration sacrée irradiait le quotidien, qui, à son tour la nourrissait" des œuvres de Johann Sebastian Bach (Mein Jesus schweigt extrait de la Passion selon saint Matthieu BWV 244, Passacaille et fugue en ut mineur BWV 582, : Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen extrait de la cantate Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen BWV 12, Passacaille et fugue en ut mineur BWV 582…), Antonio Lotti (Crucifixus à 10), Antonio Vivaldi (Rogate quae ad pacem sunt extrait du Psaume 121 Laetatus sum RV 827 Sicut erat in principio extrait du Dixit dominus RV 594, Et in terra pax extrait du Gloria RV 588, Crucifixus extrait du Credo RV 592…), Tomás Luis de Victoria : (O magnum mysterium), Nicolas Chédeville (d’après le concerto pour violon RV 316 d’Antonio Vivaldi (1678-1741) : Il Pastor fido, Sonate en sol mineur op. 13 no 6 - Fuga da Capella : Alla breve). Toutes ses pièces, excepté le Polyptyque de Frank Martin sont des transcriptions d’Olivier Fourés.

On retrouve encore ici chez Marianne Piketty et son ensemble son sens du phrasé, de la lumière, de la clarté des dynamiques, de la narration (la mise en perspective toujours pertinente de différentes œuvres entre elles), cette capacité assez rare, à oser (mais cela devrait être naturel chez tous les instrumentistes en réalité) rassembler dans un même élan et avec la même qualité d’interprétation, quels que soient les modes de jeux, dans une impressionnante polyvalence stylistique, musique ancienne et musique moderne, pour à la fin ne plus parler que d’émotions.