Nous retrouvons avec grand plaisir les éditions Zoé qui nous proposent toujours de très belles lectures, autour d’auteurs venant souvent des quatre coins du monde. Ici, ils nous embarquent vers les contrées sud-africaines avec l’ouvrage Le cantonnement, écrit par Ronelda S. Kamfer.
L’autrice est une écrivaine née en Afrique du Sud, où elle vit toujours. Elle s’est imposée comme poétesse tout d’abord. Après avoir écrit plusieurs recueils en Afrikaans, elle a ensuite écrit son premier roman, Le cantonnement, en Kaaps, une langue cousine de l’Afrikaans, qui mêle l’argot et l’anglais, une langue longtemps méprisée à laquelle l’auteure contribue à donner ses lettres de noblesse. Ce roman nous est proposé maintenant en France grâce à une traduction de Georges Lory, qui fait une note en début d’ouvrage concernant le Kaaps et son histoire.
Enfant, Nadia vit chez sa grand-mère Sylvia, sur le domaine agricole de Groenplaas, en Afrique du Sud. Fils de pêcheur, son cousin Xavie grandit à Santekraam, un village côtier. Dans les années 1990, les deux adolescents se retrouvent dans un ghetto en périphérie du Cap. Quand Sylvia, "reine mère du mensonge", laisse tomber la vérité comme un vase de porcelaine, le silencieux Xavie et Nadia, "la personne la plus fâchée de toute la terre", prennent tour à tour la parole pour épousseter les morceaux et tenter de reconstituer l’histoire familiale, sa violence et ses secrets.
Avec cet ouvrage, l’auteure nous plonge au cœur de l’apartheid, nous permettant d’entendre des voix que l’on n’entend jamais, celles d’une communauté métisse, doublement marginalisée, exclue de la culture noire comme de la classe blanche privilégiée.
On écoute les voix de Nadia et Xavie qui alternent au fil des pages sous la forme de chapitres relativement courts qui donnent un véritable rythme à la lecture. Ils nous parlent de leur grand-mère, de leur tante et de leur cousine Tasha, morte brutalement. On se retrouve plongé au cœur des tourments de l’Afrique du Sud pendant l’apartheid autour d’une langue directe qui marie le trash et le drôle à merveille. Ronelda S. Kamfer nous propose un ouvrage percutant, aussi bien dans les maux que dans les mots qui se lit rapidement. Elle nous prouve qu’il n’existe pas que la poésie pour faire passer des messages ou dévoiler des combats, son premier roman en est la preuve.