Oliver Beer - Liberté débridée : quand l'imaginaire enfantin réinvente le musée
Que se passe-t-il quand on choisit quatre oeuvres d'art et qu'on demande à des milliers d'enfants de les interpréter ?
C'est ce pari aussi simple que poétique qui a donné naissance à A Thousand Voices - Mille et une voix, le nouveau projet de l'artiste britannique Oliver Beer, présenté au Musée d'Art Moderne de Paris. Un projet en deux temps, pensé comme un dialogue entre générations, un geste collectif, une relecture vibrante de la mémoire picturale du musée à travers les yeux, les voix et l'imaginaire des plus jeunes.
Sylvie Vartan - Nina Childress
Une oeuvre vivante, née de milliers de mains et de voix
Dès octobre 2024, deux studios immersifs imaginés par l'artiste s'installeront au coeur des collections permanentes du musée. Leur mission ? Accueillir les enfants de la maternelle au lycée, en classe ou en visite libre, pour un moment de création unique : dessiner et enregistrer.
Chaque enfant est invité à choisir l'une des quatre oeuvres sélectionnées dans les collections du MAM - signées Victor Brauner, Sonia Delaunay, Nina Childress et Georges Rouault - pour en proposer sa propre version. Avec une liberté totale : copier, détourner, s'inspirer ou réinventer.
Les dessins collectés seront ensuite assemblés image par image, imprimés sur pellicule à la manière du cinéma traditionnel, pour devenir quatre films d'animation. À cela s'ajouteront les sons enregistrés dans le studio sonore - chants, cris, récits, respirations -, qui formeront la bande sonore d'une composition immersive signée Oliver Beer. Un double geste artistique, à la fois visuel et sonore, profondément collectif.
Une exposition pour redonner vie aux chefs-d'oeuvre
Ces quatre films - réalisés à partir de milliers de contributions d'enfants - seront ensuite présentés au printemps 2025, lors d'une exposition dédiée au MAM. Le projet devient alors un manifeste : celui d'une oeuvre ouverte, dans laquelle chaque geste individuel compte, et où les oeuvres du passé se réinventent à travers les imaginaires d'aujourd'hui.
"Chaque enfant réalise un dessin unique (...) transformant les tableaux grâce à leurs propres mains et à leur imagination." - Oliver Beer
Reanimation Paintings : l'art comme vibration collective
Reanimation Paintings est une série au long cours d'Oliver Beer, où des images fixes retrouvent une forme de vie à travers des milliers de dessins rejoués image par image. Cette série trouve dans le projet parisien une nouvelle ampleur, nourrie par la participation du public jeune.
"Le résultat de cette réanimation fait de l'écran de cinéma une toile vibrante, dont la surface change constamment et se réinvente."
Il ne s'agit pas simplement de montrer l'imagination enfantine, mais bien de réaffirmer que l'art appartient à toutes et tous, et qu'il se nourrit de chaque regard porté sur lui. À travers les dessins et les voix des enfants, les oeuvres des artistes choisis, se retrouvent comme traversées par un souffle nouveau, collectif, sensible.
Un artiste à l'écoute du monde
Avant d'être artiste visuel, Oliver Beer a été formé à la composition musicale, un fil rouge que l'on retrouve dans toute son oeuvre - films, installations, performances ou sculptures. Ses projets révèlent les dimensions sonores cachées des objets, des espaces ou des souvenirs. Très souvent, il puise dans l'intime - les voix, les objets familiaux, les sons du quotidien - pour créer des formes artistiques universelles, où l'émotion se fait vibration.
Son travail a été présenté dans les plus grandes institutions internationales : Met Breuer, MoMA PS1, Centre Pompidou, Palais de Tokyo, Château de Versailles et en 2025, c'est au MAM qu'il pose ses valises pour offrir aux enfants un véritable rôle d'artiste au coeur du musée.
Une expérience à vivre, à créer, à ressentir
Reanimation Paintings : A Thousand Voices n'est pas seulement un projet artistique. C'est une invitation à voir différemment, à écouter autrement, à donner la parole à celles et ceux qu'on n'entend pas toujours. Et surtout, à comprendre que chaque voix, chaque dessin, chaque geste a sa place dans le récit collectif.
Crédits photos : Paola Simeone, avec l'aimable autorisation du Musée d’Art Moderne