Réalisé par Cheyenne-Marie Carron. Drame. 1h33m. Sortie le 16 avril 2025. Avec Johnny Amaro, Leslie Thompson, Cécilia Assoun, Alexandre Triaca, Eric Denize, Léopold Bellanger, Agnès Godey, Lou Amara.
Presque tous les ans, Cheyenne-Marie Carron adresse un coucou à ceux qui la suivent fidèlement dans son parcours cinématographique. Apprendre qu'elle a signé un nouveau film est déjà en soi un petit bonheur. Qu'elle ait, une nouvelle fois, surmonter toutes les difficultés de la terre pour se mesurer aux produits d'une industrie qui n'aime pas les artisanes, réjouit.
Et puis, on s'inquiète un peu : ne va-t-elle pas commettre le film de trop ? Ne va-t-elle pas finir par se parodier elle-même ? Le sujet qu'elle s'apprête à traiter ne sera-t-il pas quelque chose de trop clivant ?
Car Cheyenne-Marie Carron ne s'est jamais "assagie". Elle a toujours abordé des thèmes qui ne lui assurent pas d'emblée un large public empathique : armée, chasse, légion, royauté, religion, fanatisme...
Pour ne rien arranger, elle montre plutôt positivement des institutions qui ont souvent mauvaise presse chez ses confrères et qu'ils aiment critiquer, voire démolir. Cheyenne-Marie, elle, préfère être dans la construction, dans le positif. Elle aime suivre des personnages affrontant un monde qui, justement, ne les comprend pas ou plus, parce qu'ils incarnent des valeurs parfois désuètes ou en net recul, et qu'ils défendent avec cœur et énergie.
Dans "L'Agneau", elle reste presque constamment avec son personnage central : le père Paul. Prêtre trentenaire, ce petit homme barbu, bien posé sur ses jambes et toujours en soutane, vit bien sa foi et son ministère. On le découvre avec des jeunes leur enseignant le catéchisme, en confession avec une prostituée, en discussion difficile avec un père de famille accusé d'attouchements. Il suit aussi, sans se sentir concerné, une conférence de l'évêché sur les dérives passées ou présentes des ecclésiastiques dans l'Eglise.
Erreur fatale ! Vont s'abattre sur le jeune prêtre des accusations ignobles qui le conduiront devant une procureure de la République. Muré dans son bon droit, il se défend si mal qu'il est acculé vers l'irréparable...
Dans son récit cursif, Cheyenne-Marie Carron ne cherche pas l'ambiguïté. Elle donne à voir la scène où son héros aurait fauté... et le spectateur sait donc d'emblée qu'il est innocent. C'est sans doute là-dessus que reviendront les critiques récurrentes que l'on adresse à la cinéaste, celles d'un cinéma naïf, voire "premier degré". La défense que l'on propose sera, elle aussi, taxée de naïveté. Tant pis. Dans le sens du film, et de sa fin très belle, infiniment chrétienne, elle veut que le public ressente le parcours christique infligé injustement au père Paul.
Cheyenne-Marie fait comprendre au croyant comme à l'incroyant ce qu'être catholique veut dire. Elle ne cherche pas à convertir quiconque à quoi que ce soit.
Comme dans tous ses films, elle opte pour un cinéma didactique, dans le bon sens du terme, celui d'expliquer les raisons qui inspirent les choix idéologiques de ces personnages. Découvrir pourquoi un homme devient légionnaire, curé ou apostat ne signifie pas forcément faire l'apologie de la guerre ou de la religion.
Forte d'une œuvre conséquente, scénariste autant que réalisatrice, Cheyenne-Marie Carron ne peut pas être taxée d'amateurisme : elle sait ce qu'elle fait, ce qu'elle dit, ce qu'elle filme. Tout dans "L'Agneau" relève de la maîtrise, de la certitude. Cela n'implique pas qu'elle abuse de ses désormais longues années de pratique. Seule à la barre, elle n'a subi aucune usure et sa manière, à nulle autre pareille, de concevoir ses films reste empreinte d'une fraîcheur qui n'est pas souvent l'apanage des rares cinéastes qui ont tourné, comme elle, une vingtaine de films !
