Spectacle musical mis en scène par Serge Hureau et Olivier Hussenet avec Yasmine Hadj Ali, Pierre Lhenri, Rose Martine, Mathilde Martinez, Paul Ngo Si Xuyen et Lymia Vitte et Vladimir Médail (directeur musical et guitariste) Sylvain Dubrez (contrebasse), Nicolas Grupp (percussions), Clément Simon (piano).

C'est la première revue, au sens Broadway, que propose le Hall de la Chanson. Et quelle revue puisqu'en onze tableaux, "La Revue Arc-en-Ciel" va rendre hommage à une personnalité du music-hall qui savait ce que mener une revue veut dire : Joséphine Baker. Prononcer BA-CAIRE puisque cette native de Saint-Louis allait devenir la plus francophile des Etats-Uniennes.

Onze tableaux définis chacun par une couleur, de l'Ultra-violet à l'Infrarouge, et chacun illustrant un événement de la vie de Joséphine. Une succession d'émotions colorées, tristes ou joyeuse... Et surtout pas une histoire racontée chronologiquement. Souvent les spectacles autour de la première star noire déroulent sa longue existence, de la pauvreté et de la ségrégation au château des Milandes et à son ultime récital à Bobino qui va précipiter sa mort.

En mélangeant les époques, les périodes de sa vie, ses chansons, ses danses, on n'a jamais l'impression que son répertoire et sa carrière subissent des hauts et des bas. Toujours, même avant d'avoir son nom en gros sur les affiches, Joséphine est Joséphine. Une femme libre, décidée, capable de se relever chaque fois qu'on croit qu'elle va tomber ou disparaître.

Maîtres d'œuvre de cette revue, Serge Hureau et Olivier Hussenet, le duo qui a fait du Hall de la chanson un lieu qu'il faudrait fréquenter toujours davantage, tant y souffle un bon esprit, se sont entourés d'une équipe motivée qui a su mener à bien une entreprise qui, en d'autres mains, aurait été un gouffre financier pour un résultat nettement moins probant...

En plus de deux heures, sans aucun relâchement de la part d'artistes tous terrains, où chanteurs et musiciens peuvent devenir aussi comédiens et danseurs, les spectateurs auront les yeux remplis constamment remplis d'images et les oreilles de sons différents. Pas le temps d'émettre des jugements sur la qualité de ce que chantait ou dansait Joséphine, ce qui s'y lit c'est une éternelle énergie, une envie sans cesse renouvelée de satisfaire un public conscient d'avoir devant lui quelqu'un d'exceptionnel.

D'ailleurs, Joséphine est si multiple qu'elle peut être interprétée successivement par une femme noire, blanche, métis ou par un homme. Il faut féliciter sans réserve et sans distinction Yasmine Hadj Ali, Pierre Lhenri, Rose Martine, Mathilde Martinez et Lymia Vitte qui ne cessent de changer de costumes, parfois plusieurs fois dans un tableau. De beaux costumes scintillants de strass et de plumes comme on les imagine pour un spectacle de music-hall, mais pas seulement car Joséphine, femme et résistante, c'est aussi des robes de mariées ou des tenues militaires, tous imaginés avec goût par Anne Leray.

Et tout cela baignant dans une musique qui ne ronronne jamais sous la direction de Vladimir Médail, avec lui-même à la guitare, Sylvain Duprez à la contrebasse, Nicolas Grupp à la batterie et aux percussions, ainsi que Clément Simon au piano.

Elle ronronne d'autant moins que la jeune Joséphine doit autant son succès à des tubes comme "la Tonkinoise" ou "J'ai deux amours", mais aussi à des danses "exotiques" où elle se donne à fond, comme les reconstitue la chorégraphe Valérie Onnis. Il faut redire que les chanteur.ses ont su relever le défi et qu'ielles réussissent des performances très personnelles, pas des "à la manière de Joséphine" approximatives.

Un dernier coup de chapeau pour le scénographe, également aux lumières, Jean Grison qui a su construire un cadre général, évoluant à chaque tableau, des tableaux jamais redondants, permettant à toute la troupe de s'y retrouver sans aucun dommage. On rajoutera aussi de subtils jeux de couleurs grâce à des effets vidéos de Daniel Marino, qui ajoutent une petite touche moderne juste comme il le fallait.

Quand un spectacle vaut le déplacement, il ne faut pas hésiter à ne pas être original : personne ne doit rater "La Revue Arc-en-Ciel". Ces deux heures à la gloire de Joséphine Baker feront comprendre au plus rétif à sa présence au Panthéon qu'elle la méritait sans aucune contestation. Plus qu'une grande artiste, une belle personne.