Réalisé par Robert O. Blechman. Animation. 55 minutes. Sortie le 9 avril 2025. Avec les voix de Henri Salvador, Dušan Makavejev, Serge Gainsbourg.

Une cinquantaine de minutes d'animation, plus une petite présentation historique de la pièce musicale d'Igor Stravinsky et Charles Ferdinand Ramuz, voilà ce qui attend les spectateurs de "L'Histoire du soldat" qui découvriront au cinéma ce qui n'avait été, jusqu'à maintenant, qu'un programme de la télévision américaine, conçu par un des plus célèbres crayons du "New Yorker", Robert O. Blechman.

Cela n'aurait pu être qu'une curiosité redécouverte grâce à Malavida, un distributeur coutumier du fait, un petit film d'animation qui n'aurait pas croulé sous les moyens des dessins animées de Disney ou de Miyazaki. Cela aurait pu aussi n'être qu'une intervention cinématographique oubliée de Serge Gainsbourg, au générique de la version française, en compagnie de son compère en Boris Vian, Henri Salvador.


Mais... C'est bien plus que ça. D'abord, l'ensemble a un charme fou, et se permet même une petite référence à Kandinsky. Et puis, surtout, on est totalement immergé dans l'œuvre envoûtante d'un maître de la musique moderne, Stravinsky. Blechman, présenté pour le public français comme le "Sempé américain", illustre à merveille le conte de Ramuz, écrit en symbiose avec le musicien russe quand celui-ci, après la Révolution de 1917, s'est installé en Suisse.

Les aventures du soldat Vertov revenant dans son village pour une permission quittent vite le réel pour le conte. Un conte tout simple, un peu faustien où le Diable joue un rôle central avec pour objectif l'achat du violon du soldat. Il y aura aussi une princesse et un royaume d'opérette comme dans tout bon petit conte classique.

Attention ! Ne pas faire l'erreur habituel des parents qui pensent que leurs enfants seraient des petits génies, sensibles à la prose de Ramuz, à la musique de Stravinsky et à la beauté des dessins de Blechman... En dessous de huit ou neuf ans, mieux vaut les laisser lire Proust à la maison.

Les autres aimeront ce récit cursif, que la musique empêche d'avoir des temps morts. Leurs parents s'amuseront de la suavité diabolique de Gainsbourg dans le rôle du démoniaque. A moins qu'ils soient de vieux bergmaniens et préfèrent que le diable marchande en anglais avec la voix de Max Von Sydow.

Pas la peine d'en dire plus et un grand merci à Malavida qui ressort de l'oubli un travail essentiel de Robert Blechman, qui si on en croit un certain site qui s'achève en "pédia" serait aujourd'hui âgé de 95 ans et qui ne se limite pas à la flatteuse comparaison avec le génial Sempé.