Le duo garage bolognais revient aujourd’hui avec un EP empreint de rébellion, d’authenticité et d’esprit DIY.

Un acte physique, une danse furieuse où le corps de l’artiste fusionne avec la toile et où le geste devient pure expression. Telle était l’Action Painting de Jackson Pollock.

Si l’Action Painting capture l’énergie du mouvement, le dripping la fige dans chaque goutte de peinture, abolissant la distance entre l’artiste et l’œuvre, et laissant l’empreinte directe du corps sur la toile.

Dans ses drippings, Pollock n’imprime sur la toile que le geste. Il recompose un corps là où l’imaginaire est morcelé, libérant le réel et le symbolique. Pollock apportait sur la toile quelque chose de nouveau : son geste, son rythme, une expression totalement dépouillée de toute représentation. Pris dans le flux, en un équilibre temporaire, grâce aux drippings, le corps était intégré au tableau, lui conférant une certaine consistance.

C’est précisément de ce peintre américain que The Jackson Pollock tirent leur nom, rendant hommage à un art et une technique qu’ils transposent en musique. Le duo, composé d’Emily et Davide, Bolognais d’adoption, se forme en 2015 et sort trois ans plus tard son premier album, Cherry Go (présenté également au SXSW), signé chez WWNBB. Emily est au chant et à la batterie, Davide à la guitare, la basse et… au bricolage de pédaliers : tous deux autodidactes, ils font partie de ces rares groupes pour qui l’authenticité est un véritable mode de vie.

DIY comme philosophie de vie

Mais pour The Jackson Pollock, DIY n’est pas qu’un simple acronyme. Rejetant depuis toujours les étiquettes de genre et les logiques du marché, ils sont bien plus que des musiciens : des artistes profondément enracinés dans la culture DIY, y compris dans leur vie personnelle.

Une vie en musique, faite d’explorations sonores et graphiques, de nombreux cafés et encore plus de kilomètres parcourus à travers l’Europe à bord de leur fidèle van, chargés de leurs reliques analogiques distordues par des pédales faites maison et modifiées, comme leur bien-aimé Tascam 488.

Aujourd’hui, ils reviennent avec un nouvel EP, Not Yesterday, Nor Tomorrow, sorti sous double label : d’une part Rookie Records, basé à Hambourg, et d’autre part un pressage limité en 7? chez le label bolognais Black Stuff Records.

Not Yesterday, Nor Tomorrow est une phrase suspendue, complétée par le titre de la première chanson "Today Forever", morceau phare de l’EP et qui donnera son nom au prochain album, attendu pour septembre.

La pochette, réalisée par The Jackson Pollock eux-mêmes, s’inspire des illustrations d’Antoine de Saint-Exupéry du Petit Prince, évoquant une pluie d’étoiles filantes laissant derrière elles un arc-en-ciel. Une invitation aux derniers rêveurs à protéger leurs fragilités avec force.

"Today Forever" dévoile une mélancolie sous-jacente qui se traduit par une rage révolutionnaire, menant à la catharsis – tout comme un live du groupe.

"I’ll ride this train in the midst of the night / I bet I’m running late with / These emotions, running wild / Today."

Emily confie : "À la fin, il y a une suggestion involontaire : je ne sais pas pourquoi, mais la voix de Blanche-Neige dans le vieux dessin animé me résonnait dans la tête. Je l’ai vu pour la dernière fois quand j’avais environ six ans, la scène du puits : "Je rêve / de bonheur / qui un jour / viendra"."

Une patine vintage

"Deep" est quant à lui un hymne au courage : "Let’s go you sassy guys / We’re goin’ deep / cause we got to / We’re goin’ deep".

Un overdrive conçu par Davide, le même que sur "Today Forever", qui rend le son encore plus saturé, avec une guitare rugueuse et enveloppante, débordante d’urgence. La batterie, dans son expression la plus sauvage, avance brutalement à coups secs et précis.

La clôture est assurée par "Madness", un morceau programmatique qui fait tomber le rideau dans un tourbillon de folie martelante, où la batterie devient de plus en plus obsessionnelle, suivie par la guitare dans une transe sonore dont on ne voudrait plus sortir.

La légende raconte que ce morceau est né en studio, le jour même des enregistrements. Gab, l’ingénieur du son du Taiko Studio, raconte : "Nous étions en studio, Emily a enlevé ses chaussures et a commencé à danser pieds nus sur le tapis en enregistrant la mélodie les yeux fermés… j’ai eu des frissons incroyables."

Un EP qui révèle d’emblée une patine vintage, un peu comme lorsqu’on entre dans une pièce restée fermée pendant des années : on en perçoit immédiatement l’odeur, la poussière et ce sentiment de nostalgie qui réchauffe le cœur. Les enregistrements lo-fi ajoutent un grain rugueux, donnant à chaque piste l’aspect d’une bande retrouvée dans un vieux magnétophone à cassettes – imparfaite mais incroyablement vivante. Une tension punk s’y mêle à des mélodies bancales, nous laissant hésiter entre l’instinct de pogoter et celui de nous perdre dans les distorsions.

Pure énergie expressive

Trois éclats de folie, portés par la douceur brutale de la voix, qui semble planer sur les riffs de manière raw 'n' loud, comme le duo aime définir sa musique.

Un EP qui capture la frénésie d’un punk radical, essence même de la rébellion et de l’authenticité – tout comme le dripping, qui élimine le contact direct entre l’outil et la toile, exaltant le geste et le flux spontané de la peinture.

Ainsi naît la musique signée The Jackson Pollock : brutale et sauvage, tissant un chaos vibrant de couleurs, transformant l’acte créatif en pure énergie expressive.

Pollock aimait dire : "Je n’ai aucune idée de ce que je vais faire avant de commencer. Ma peinture est directe. Il n’y a pas d’erreurs. Not Yesterday, Nor Tomorrow incarne parfaitement cette philosophie.

Article initialement publié en italien sur Rockambula.