Voilà une saga palpitante que nous propose Eric Branca concernant les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale.
Eric Branca a déjà publié de nombreux ouvrages dont certains que nous avons chroniqués sur le site, De Gaulle et les grands en 2020, Le roman des damnés en 2021 mais aussi La république des imposteurs dernièrement en 2024.
En juillet 1944, tandis qu’à l’Est, l’armée rouge porte un coup fatal à la Wehrmacht (opération Bagration) et qu’à l’Ouest, Américains et Britanniques qui piétinaient depuis le Débarquement percent enfin les défenses allemandes (opération Cobra), les chefs alliés sont optimistes. Pour eux, la guerre en Europe sera finie pour Noël.
Tous se trompent ! Elle durera dix mois encore, dix mois qui seront les plus coûteux en vies humaines de tout le conflit. Plusieurs questions se posent alors. Comment l’Allemagne, dont les forces vives ont été saignées à blanc, a-t-elle pu tenir aussi longtemps ? Pourquoi Hitler, au contraire de Mussolini ou du dictateur roumain Antonescu, n’a-t-il pas été renversé ? Comment l’Union soviétique, dont plus de 20 millions de citoyens ont été exterminés en 3 ans, est-elle parvenue, en quelques mois, à recouvrer le terrain perdu et à planter le drapeau rouge au sommet du Reichstag ? Pourquoi les USA passent-ils pour le pays ayant le plus contribué à la victoire sur l’Allemagne ? Cette illusion d’optique s’applique aussi aux accords de Yalta en février 1945 et du prétendu "partage du monde" qui en a résulté ?
Très agréable à lire, comme tous les ouvrages de l’auteur, le livre s’ouvre sur une belle introduction et un prologue qui nous emmène vers le début de l’été 44, se poursuivant au cœur de "l’été américain" après le débarquement en Normandie. Le chapitre suivant est consacré à l’URSS, à la libération des territoires d’Europe de l’Est, une opération Barbarossa à l’envers.
Un chapitre est consacré à la volonté de tuer Hitler, les premiers projets d’élimination du Führer remontant même à l’avant-guerre. On dénombre au final une quarantaine de projets d’attentat mais le chapitre s’attarde sur celui de Stauffenberg qui pense que la mort d’Hitler sera bénéfique pour l’Allemagne au moment de la capitulation. Tout est prévu après son assassinat, le communiqué pour annoncer sa mort, la nouvelle équipe dirigeante aussi. Et l’on prévoit d’éliminer en même temps Himmler et Goering. Les nombreuses pages concernant ces tentatives d’assassinat sont passionnantes, se lisent comme on lirait un bon polar.
L’ouvrage est constitué de nombreuses cartes qui complètent le texte, particulièrement éclairantes, en noir et blanc, ce qui permet aux enseignants de pouvoir les réutiliser en classe très facilement. Le chapitre concernant les épurations est aussi très interessant, celui sur Mussolini aussi. L’épilogue, qui s’attarde sur l’accouchement de la paix au début du mois de mai 1945, permet de conclure parfaitement l’ouvrage qui dispose néanmoins d’une conclusion pertinente.
Après tant d’ouvrages écrits sur ce conflit mondial, raconter l’histoire de son achèvement européen était nécessaire pour tordre le cou à beaucoup d’idées reçues. C’est donc l’objet de ce livre dont l’originalité repose sur les angles morts qu’il a choisi d’éclairer, et dont la force tient au rare talent d’écriture de son auteur.
