Difficile d’aborder le nouvel album d’Ignatus, aka Jérôme Rousseaux, comme un disque de chansons française "classique".
Néanmoins, ce n’est pas non plus une surprise totale que ce Dans les virages tant Jérôme Rousseaux en a pris quelques uns depuis la fin des Objets avec son compère Olivier Libaux (parti bien trop jeune en 2021).
Plusieurs albums solo plus tard, des ateliers d’écritures en tous genres, des haïkus, régulièrement publiés, un album en hommage à Jean-Luc Le Ténia ou encore son projet [e.pok], on retrouve donc évidemment Ignatus sur d’autres chemins, toujours de traverse, forcément.
Dans les virages ne propose pas toujours des chansons faciles à chanter sous la douche mais plutôt des textes très poétiques, on pense justement parfois à ses haïkus, mis en musique de façon ludique, voire expérimentale. Le tout est très élégant et délicat, parfois peut-être un peu abstrait mais c’est justement ce qui fait le charme de ces haïkus géants.
Les bidouillages sonores électroniques côtoient des guitares et pianos au service de textes parfois dits, parfois chantés avec toujours une fluidité qui tient là aussi plus du poème que de la chanson pop. Du surréaliste "Chateau mou" au très touchant "Les mots" en duo avec Isabelle Nanty ("J’ai perdu mes mots, où sont ils passés, dans la carcasse de la voiture, dans la faux de la mort qui m’a frôlée…"), ce disque est plein de tiroirs dans lesquels on y trouvera quelque chose qui nous avait échappé à l’écoute précédente.
Dans les virages est un disque étonnant, épatant et atypique qui serpente sur les routes de campagne, bordées d’arbres baignés de soleil avec quelques averses éparses. On se laisse aller dans la poésie de Ignatus et on verra bien au prochain croisement.
