Réalisé par Hernan Rosselli. Drame. 1 heure 40 minutes. Sortie le 19 mars 2025. Avec Maribel Felpeto, Alejandra Cánepa, Hugo Felpeto.
Quelque chose de vieux, quelque chose de neuf, quelque chose d'emprunté restera sans doute le titre le plus obscur - et le plus long - de l'année . En traduisant mot à mot, le titre argentin du film d'Hernan Roselli, avec "algo" qui devient "quelque chose", le distributeur français sert-il le film ? En tout cas, il lui laisse tout son mystère et quel mystère !
Déjà, le sujet du film n'est pas commun puisqu'il traite des paris d'argent. Mais pas, comme on l'a souvent vu du côté du parieur qui s'endette, qui est "addict" au jeu et qui doit rembourser une forte somme. Le cinéma mondial est plein de fuyards poursuivis par une "police des jeux" composé de gros bras prêts à leur faire passer l'envie de ne pas payer leurs dettes.
Non, ici, chose vraiment originale, on est aux côtés des "bookmakers", de ceux qui ramassent les paris. Hernan Roselli suit une famille embarquée dans une activité qui, quoi que ses membres en disent, les a conduits vers l'illégalité et la marginalité. Des grands-parents aux petits enfants, c'est au moins trois générations où tout le monde devient un rouage d'une petite organisation qu'il faut bien, malgré la sympathie que l'on aura pour les personnages, dénommer une organisation criminelle...
Quand on utilise le terme de "personnages", les guillemets viennent immédiatement, car la grande originalité de Roselli n'est pas le titre mais le "faire" du film, qui tient du bricolage et de la manipulation. Heureusement que Hernan Roselli est co-monteur avec Federico Rotstein et Jimena Garcia Molt, car "Quelque chose..." est avant tout un extraordinaire exercice de montage qui mêle des archives familiales, des images tirées de leurs caméras de surveillance et des scènes jouées par des acteurs qui peuvent aussi être des membres de la fameuse famille de preneurs de paris.
Evidemment l'activité est très lucrative et chacun y trouvera longtemps son compte, avant que l'Etat argentin, pour des raisons autant morales que fiscales - on choisira sa version - n'entre dans la danse et veuille sa part du gâteau.
Documentaire ou plutôt semi-documentaire avec de gros morceaux de fiction dedans, "Quelque chose..." vaut largement plus qu'un exercice de style, un prototype dont beaucoup ont souvent rêvé sans trouver le moyen de le mettre en place. Et cela, grâce aux personnages vrais et faux qui y sont décrits... Les "mafieux" dont on suit les aventures ne sont apparemment pas de vrais méchants, quoique quelques scènes sous-entendent qu'ils ne sont pas des tendres si quelqu'un vient piétiner leurs platebandes. Ils sont plutôt du genre méridionaux joviaux et pourraient être qualifiés de pieds-nickelés. Ce qui les singularise aussi, c'est le rôle majeur qu'ont les femmes. Bien entendu, Hernan Roselli doit être pour un grand pourcentage dans la construction de personnages féminins flamboyants. N'empêche que sans les femmes, l'empire constitué aurait vacillé sans doute bien plus tôt.
D'Ale (Alejandra Canepa) à Mari (Maribel Felpeto) se tisse une belle histoire dont la résolution est assez radicale, comme si tout n'avait été qu'un beau rêve qui se serait achevé mal, mais pas totalement en cauchemar. L'une entre dans un univers sombre où elle est poussée par la vie, l'amour, les enfants ; l'autre en sort avec l'héritage qui lui est laissée pour qu'il y ait soudain plus de lumière que d'ombre dans son existence future.
Résultat : un très beau film, inattendu, dont la facture aurait plu à Jorge Luis Borges et Georges Perec. Un film qui ne pouvait qu'être argentin. Désormais Hernan Roselli porte sur les épaules une grande charge : pourra-t-il récidiver dans une voie aussi originale ou garder sa grande maîtrise en revenant à "quelque chose" de plus habituel ?