Direction le Chili en compagnie des éditions de l’Olivier pour découvrir une auteure pleine de talent et son ouvrage Là où je me terre, qui a été finaliste de nombreux prix littéraires. L’auteure Caroline Dawson est malheureusement décédée en mai 2024 des suites d’un cancer. Le prix Radio Canada Caroline Dawson a été créé pour récompenser un roman ou un essai publié en français par un écrivain émergent issu des communautés marginalisées.
L’histoire débute à Valparaíso au Chili en décembre 1986 avec un tremblement de terre entre les quatre murs d’une maison. Un homme et une femme annoncent à leurs enfants qu’il faut tout laisser derrière et fuir le Chili de Pinochet. C’est Noël, la petite Caroline a sept ans et elle aura la nausée durant tout le voyage.
La fillette atterrit à Montréal. En plus de la neige dehors, il y a le tapis rouge vin de l’hôtel Ramada qui accueille les personnes réfugiées en attente de papiers. Il y a aussi Passe-Partout qui semble s’adresser à elle à travers le téléviseur. Après le premier appartement à Montréal-Nord, la classe d’accueil de madame Thérèse qui lui apprend le français, les enfants qui se moquent de ses cheveux et de sa boîte à lunch, la misère des rues d’Hochelaga, il y aura tout ce temps passé dans les banques où ses parents font des ménages. Entre l’exil, les fantômes du passé et le jeu des différences, la petite Caroline camouflera sa furieuse envie de vivre pour ne plus détonner et devenir une immigrante modèle.
L’immigration, au cœur des préoccupations d’un très grand nombre en ce moment nous est racontée par cette auteure, du Chili vers Toronto puis Montréal. Une immigration forcée par l’arrivée au pouvoir de Pinochet, dictateur chilien qui entraîne une famille dans la grande précarité à des milliers de kilomètres de chez elle.
Tout cela avec le regard d’une enfant, qui doit tout réapprendre, une langue, des codes de conduite. Il faut s’intégrer, accepter de ne pas beaucoup voir ses parents qui s’enferrent dans des petits boulots mal payés qui prennent de nombreuses heures par semaine.
De nombreuses émotions se dégagent de cet ouvrage très sensible et émouvant. L’écriture est profonde, c’est parfois rigolo aussi mais c’était aussi une preuve de la réussite de son intégration puisque cet ouvrage est écrit en français. Il montre le rôle primordial de l’école, de l’apprentissage d’une nouvelle langue et aussi parfois d’une nouvelle culture, sans abandonner totalement la sienne.
Là ou je me terre s’avère être un magnifique ouvrage, aussi plaisant qu’instructif à lire pour comprendre l’immigration, bien loin des nombreux clichés que les chaînes d’informations nous dévoilent. C’est une très belle découverte encore pour moi.
