Si clair,
Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air
Assoupi de sommeils touffus.
Aimai-je un rêve ?
Mon doute, amas de nuit ancienne, s’achève
En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais
Bois mêmes, prouve, hélas ! que bien seul je m’offrais
Pour triomphe la faute idéale de roses". Stéphane Mallarmé, L'Après-midi d’un faune.
Bienvenue dans le monde merveilleux, organique, luxuriant d’Ichiko Aoba. Suite de Windswept Adan (sorti en décembre 2020), ce Luminescent Creatures est un ravissement permanent.
Dans ce jardin d’Eden, on cueillera les fruits sucrés d’une pop audacieuse, progressive, psychédélique, apaisante (comme un appel au calme, au réconfort aussi), d’une indie-folk sans âge, d’un impressionnisme, de touches de Ryuichi Sakamoto, David Sylvian, de Joe Hisaishi ou de Björk. En fermant les yeux, on pourrait voir s’animer des images provenant de la main d’Hayao Miyazaki (il y a une petite référence à Nausicaä de la vallée du vent) ou de Léon Bakst dans un genre diffèrent, et l’esthétique onirique de l’Islandaise conviendrait totalement à Aoba.
Pour autant, ce n’est pas un jardin qui est au cœur de ce disque mais l’océan, l’archipel des Ryukyu, les récifs coralliens et les menaces que font peser dessus l’Homme et les changements climatiques. Aoba chante une nature universelle, hormis pour le titre 24° 3? 27.0? N 123° 47? 07.5? E, dont le nom reprend les coordonnées du phare de l'île d'Hateruma, interprétation d'une chanson folklorique de l'île apprise au contact de la communauté locale.
"Inside each of us there is / A place for our stars to sleep"
L’immersion est totale, mais la façon dont la musicienne Japonaise porte les textures, les atmosphères, la façon dont les morceaux sont mis en son (dans les arrangements, l’orchestration (réalisée par Taro Umebayashi qui compose également quelques titres), le mariage des timbres…) y est pour beaucoup. Si sa voix aérienne nous transperce, que les mélodies sont lumineuses et que la plénitude est omniprésente, vous aurez compris que derrière le calme se cache une musique foisonnante.
Un disque d’une beauté irradiante, étincelante, d’où jaillit un air limpide. Superbe.