Il fallait que cela arrive : Astor Piazolla a désormais rejoint Carlos Gardel au Panthéon du tango et de la milonga. Un passé glorieux sur lequel il n'y a aucune raison de jouer les orphelins éplorés. Certes, quand on aime la musique argentine, on a tendance à surjouer la nostalgie. Mais, objectivement, la vie musicale continue et, à l'instar de tous ses concurrents, le tango suscite de nouvelles vocations, inspire aussi de nouvelles fusions.

C'est le cas du Mosalini Teruggi Cuarteto, composé du bandéoniste Juanjo Mosalini, du contrebassiste Leonardo Teruggi, du pianiste Romain Descharmes et du violoniste Sebastian Surel. Dans leur troisième album, "Tangueada", les quatre musiciens poursuivent l'aventure commencée, il y a une dizaine d'années, avec "Tango Hoy" et "Chamuyo". Les deux compositeurs sud-américains et leurs deux alter ego instrumentistes classiques français férus de musique de chambre sont désormais associés pour longtemps pour présenter ce qu'ils appellent "une musique de chambre chaloupée".

Tout est ainsi déjà clair dans leur présentation. Quand ils sont apparus pour la première présentation de "Tangueada", lors d'un concert unique, le 7 décembre dernier au Théâtre des Abbesses, on a tout de suite été impressionné par leur élégance décontractée. Classiques dans leurs costumes noirs rehaussés de chemises blanches aux cols ouverts et sans cravates, ils ont rejoint leurs instruments d'une démarche sereine et zen, conscients de produire une heure de plaisir. Si leur musique est sérieuse, elle n'est pas compassée et ils n'oublient qu'elle trouve son origine quelque part dans des arrière-salle enfumées et qu'elle accompagnait des danseurs qu'on imaginait plus canailles que gentlemen. Et pourtant, à écouter ce qu'elle est devenue en traversant le vingtième siècle et en rencontrant la science musicale d'artistes comme Juenjo Mosalini et de Leonardo Teruggi, elle a conservé, voire amplifié, son pouvoir d'expression.

Dans "Tangueada", chaque "morceau" fait sens. On ne trahirait pas les deux compositeurs, en les considérant comme des chansons sans paroles, et qui pourraient en avoir un jour s'ils rencontraient le poète ou le parolier inspiré.

Avec la répétition des concerts, il est indéniable que les quatre musiciens vont habiter encore davantage chaque titre, les construire définitivement, les simplifier ou, au contraire, les envelopper de plus de mystère.

Qu'on soit un vrai connaisseur de la généalogie du tango, ou totalement inculte en la matière, découvrir le "Mosalini Terrugi Cuarteto" c'est entrer dans un univers musical dont on ne regrettera pas d'avoir franchi le seuil. Ensuite, il y a de fortes chances qu'on s'y engouffre résolument.