"J’ai trouvé la partition la plus rare du monde. Un an avant son fameux concert de Cologne (1975), Keith Jarrett compose une œuvre pour piano seul qu’il ne jouera jamais. Elle porte le nom de Ritual. Après une quête de plusieurs années, elle est enfin sur mon pupitre. Nous sommes quatre dans le monde à l’avoir ! À côté de ce chef-d’œuvre, je propose quatre autres œuvres de Jarrett. Trois bis et une fugue".

On ne sait pas comment le pianiste s’est procuré cette partition mais on ne peut que se réjouir qu’il l’ait enregistré (avec Brussels Encore (2015), Fughata For Harpsichord (1973), My Song (2009) ou Tokyo Encore (1976)). Et puis enregistrer Keith Jarrett après Alan Hovhaness, quand on connaît les ramifications entre les deux, cela tombe sous le sens.

Un an avant son célèbre concert de Cologne, devenu l'un des disques les plus vendus de l'histoire du jazz, Keith Jarrett composait (tout est écrit, pas d’improvisation) donc une œuvre pour piano seul qu'il ne jouera jamais : Ritual. Ce morceau était destiné à Dennis Russell Davies, qui l'enregistra en 1977 mais ne le sortit qu’en 1982 sur le label ECM.

François Mardirossian n’est ni Jarrett ni Russell Davies mais son jeu, délicat, virtuose, réfléchi (au niveau des dynamiques et des phrasés) permet d’entendre tout l’art si unique, si subtil du pianiste dans le traitement des lignes mélodiques ou rythmiques, ses influences (le jazz, le folk, la pop, Bill Evans, Ravel, Bach, Paul Bley, Bartok...).

Si Mardirossian se montre passionnant dans Ritual, il l’est tout autant dans les quatre autres pièces (surtout dans les bis : Brussels Encore (avec une transcription de Tim Wood) et Tokyo Encore (avec une transcription d’Uwe Karcher) beau comme un mercredi ensoleillé de printemps.

Indispensable.