L’interview que tu vas lire m’aura permis de rencontrer (certes en visio) des artistes aussi talentueux sur disque et sur scène qu’ils sont adorables et disponibles au quotidien. L’interview s’est déroulée en deux temps, Yvain et Emma ont donc répondu séparément à mes questions. Tu sais ce que c’est, la vie tout ça. Ce qui explique que parfois tu as deux fois une réponse similaire.
Je tenais à les remercier pour s’être rendu disponible après une longue journée de boulot. Je te laisse donc en tête à tête avec Emma, chanteuse, bassiste et Yvain guitariste et choeurs de 111.
Pourriez-vous vous présenter pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?
Yvain : C’est un projet qui date de 2018 de mémoire, qui a connu plusieurs moutures avec plusieurs line-up. La forme actuelle, avec Emma, Jules et moi, a 2 ans et demi environ. Donc c’est un power trio de rock, avec très peu de chichis et d’ornements. Droit au but.
Emma : Nous oscillons entre post-punk, punk, no wave, noise. Avec Jules la batterie et aux chœurs, Yvain à la guitare et aux chœurs et moi à la basse et au chant.
Nous avons eu un débat lors de la Mare aux Grenouilles, quelle est l’origine de votre nom 111 ?
Yvain : C’est une sorte de représentation graphique du fait qu’il y ait trois personnes. Il n’y a pas forcément d’explications. C’est un parti pris graphique et il faut bien un nom de groupe.
Emma : Oui, j’ai vu le replay de votre émission. C’est parce que 109 était déjà pris, 113 aussi. Non je déconne (rires). En fait c’est 1+1+1. Il y a trois individualités très marquées dans 111 et pour le coup quand on fait de la musique ensemble, que cela soit en enregistrement ou sur le plateau, ça forme un tout assez homogène je trouve. Malgré les individualités.
Nous avons pensé que c’était 69+42 (soit le département du Rhône d’où viennent Jules et Yvain) et le 42 (où habite Emma).
Yvain : Ah oui, mais le groupe date d’une époque où il n’y avait personne dans le 42 ! Mais c’est marrant comme version. On nous avait dit aussi qu’il y avait une signification religieuse et que 111 était un peu l’opposé de 666. Mais alors pas du tout. On découvre a posteriori.
Emma : Et c’est vrai ? Waouh. Merci du coup. Je suis Croix Roussienne, cela ne fait que deux ans que je vis à Saint-Etienne.
Nous allons faire connaissance : imaginons que vous ayez un pouvoir magique, avec quel(s) artistes(s), vivant ou mort, aimeriez-vous jouer ?
Yvain : Ah c’est une question pas facile comme ça de but en blanc. Je vais me tourner vers mes disques pour réfléchir. David Bowie, c’est pas mal du tout. Il y a beaucoup de musiciens que j’aime beaucoup, mais je ne m’imagine pas ce que je pourrais faire en jouant avec eux. Avec mes compétences. J’aimerais l’idée de jouer avec John Bonham, mais je pense que je ne servirai pas à grand-chose.
Emma : Kurt Cobain (ndlr : sans aucune hésitation). Hum Shannon Wright, Fiona Apple.
Est-ce que ces artistes sont vos principales influences, ou en avez-vous d’autres ?
Yvain : Il y a plein de musiciens qui m'influencent mais pas forcément qui se retrouvent dans ce que je fais dans 111. Le truc un peu fondateur, c’est quand j’ai commencé à écouter Jeff Buckley. Je me suis dit que c’était vraiment très très bien. J’ai essayé de jouer ses morceaux et 25 ans après je n’y arrive toujours pas. C’est une vraie influence. Dans ce qu’il y a de plus proche esthétiquement de ce que je fais, il y a Tom Morello de Rage Against The Machine, où il y a une approche de la guitare qui est très premier degré, il ne fait pas semblant. Il essaye de jouer des choses intéressantes sans jouer au guitar-hero. Il n’y a pas d'esbroufe et beaucoup d’inventivité et de simplicité.
Emma : Je ne me suis pas dit je veux faire ça plus tard en écoutant le premier album de Shannon Wright, par contre je me suis dit : j’ai des choses à dire, qui sont à la fois terrifiantes sur le champ de l’émotion, mais avec une volonté de puissance parce que je fais du rock et c’est en ça que Shannon Wright m’a poussée à créer mon propre projet. Avant j’étais une side woman, une bassiste au service de compositeurs ou compositrices et quand je l’ai découverte, je me suis dit j’ai plein de choses à dire, la manière dont elle le fait ça m’inspire et j’ai monté 111.
On va commencer par parler de votre album Oh Wow, sorti il y a 15 jours. Comment se passe la composition au sein de 111 ? Quelles sont vos sources d’inspirations ?
Yvain : En général, Emma arrive avec un embryon d'idées et quelques phrases et notes mais assez claires sur l’ambiance artistique du morceau et après on bœufs autour de l’idée. On joue et au bout d’une demi-heure une heure quand on a quelque chose qui s'enchaîne, on enregistre avec un téléphone et on écoute. On ajuste deux-trois trucs.
En général le processus va vite (en tout cas par rapport à d’autres groupes où j’ai joué). On a envie que ça nous chauffe direct et si c’est le cas le morceau est presque fini et on règle quelques petits détails. On est assez vite capable de jouer. Sinon le morceau est appelé à disparaître. On est sur un processus créatif qui est assez instinctif, fait dans l’immédiateté. C’est quasiment toujours Emma qui écrit les paroles. Quand elle a une version 1, elle nous le partage et on peut, parfois apporter des avis sur un morceau et c’est surtout elle qui s’en occupe.
Emma : De la manière la plus générale, j’arrive avec une ligne de basse et une ligne de chant. En général en yaourt. Je la propose aux gars, on jam dessus et on garde… En fait il y a un truc hyper spontanée dans 111, c’est que quand ça part et qu’on kiffe, on sait qu’on est sur la bonne voie et si on commence à chercher autour de ce que j’apporte, alors on met de côté. Parfois, on y revient plus tard.
C’est ma rage quotidienne dans la société d’aujourd’hui qui me fait m’exprimer. Plutôt que de buter des gens, j’ai fait du rock ! La différence, c’est que je ne vais pas en prison. Il y a des trucs qui m’exaspère dans la bêtise collective et l’injustice sociale, au cœur du sujet de 111 quand je parle du patriarcat, de l’inceste, des violences faites aux femmes. Il y a aussi le côté sororité que je découvre aujourd’hui en 2025 qui n’existait pas autant quand j’ai débuté la musique il y a… 34 balais. Et ça aussi, cela fait l’objet de textes dans 111. Oh Wow ! c’est l’espèce de "putain de merde" au quotidien La vie est un gros cirque, mais on est au chœur du sujet. C’est nous qui créons ça et ça me rend hystéro.
Parlez-nous de votre label Le Cri du Charbon…
Yvain : Pour le coup, c’est surtout Emma qui peut t’en parler.
Emma : C’est l’amour (rires). Cela fait longtemps que je travaillais Le Cri du Charbon pour intégrer le roster. Il a un catalogue très éclectique, mais je sais qu’il a des racines profondes dans le rock. Et en fait, quand il y a eu la nouvelle formule de 111 en 2022 avec Yvain et Jules, il y a eu un petit revirement par rapport au public, à ce que l’on pouvait dire du projet. Et là cela faisait 4 ans qu’il nous suivait un peu de loin et il s’est dit : j’y vais.
Ce qui est incroyable c’est que ce sont des êtres humains absolument incroyables, qui se battent, qui ont une vraie croyance dans l’émergence, qui se battent pour le rock, qui défendent et soutiennent les artistes, ce qui n’est pas la chose la plus facile parce qu’on ne leur rapporte pas de thune et ils se battent pour trouver des subventions, développer des projets. Ils sont trois et ce sont des vrais êtres humains. J’étais avec eux juste avant l’interview, ils écoutent, cherchent des solutions.
Vous avez enregistré au Studio E à Ecotay, comment et pourquoi avez-vous choisi ce lieu ?
Yvain : Pour le coup c’est le Label, qui travaille souvent avec qui nous l’a proposé. on a accepté de suite. Nous n’avions pas besoin d’un studio ultra prestigieux. Studio E a largement ce qu’il faut pour nous, c’est un studio qui a l’avantage d’être un studio résidentiel, donc on dort sur place et on peut avoir un rythme de travail qui est le nôtre et on est en immersion et c’est un truc sur lequel on était hyper d’accord.
Emma : C’est Le Cri du Charbon qui nous y a emmené. Il a l’habitude de travailler avec Bruno et du coup après un premier contact, qui s’est bien passé, on est parti deux semaines en immersion. Il y a un lieu de vie qui te permet de te couper du monde et d’être focus sur l’enregistrement. Cela a été une belle expérience.
Sur scène, tu as l’air "méchante" et une fois en dehors de la scène on voit que tu es sympa…
Emma : Ce n’est pas que je sois méchante mais j’ai la rage, quand je chante sur l’inceste par exemple comme dans "No Means No", tu ne peux pas sourire. Ce n'est pas possible pour moi. En étant entière et HPE (au passage) et du coup tu ne peux pas avoir l’air sympa, quand tu abordes des sujets comme on les aborde dans 111. Après j’espère qu’il y a un truc du genre ils ont l’air de se marrer quand même, mais on est au service des propos.
Je ne sais pas si on sent que vous vous marrez, mais on sent que vous faites corps, que vous adhérez sincèrement à vos propos et que ce n’est pas une posture.
Emma : On est 3 féministes dans 111. Il n’y a pas que moi. Et mon féminisme à moi n’est pas dans la haine de tous les hommes comme certaines de mes sœurs, qui ont exclu tous les hommes de leur champ, parce que c’est trop douloureux pour elles. Je considère que si on ne construit pas un monde égalitaire entre les femmes et les hommes et qu’on exclut les hommes de ces revendications et de ce vœu pieux d’égalité, pour moi ça n’a pas de sens ! Et on discute beaucoup. Avant chaque répétition, on boit un café et on tchatche de l’actualité, de ce que l’on a vu ou entendu la veille et les échanges qu’on a, Yvain, Jules et moi, nourrissent le propos de 111 très clairement. Ce n’est pas Emma et son orchestre ! Dans les compos, je tiens à ce que de plus en plus les gars prennent le lead de temps en temps parce que j’ai toujours voulu faire de 111 un groupe et pas faire de valeur ajoutée marketing le fait qu’il y ait une meuf lead à la basse. 111 c’est trois personnes.
Tout le monde est unanime pour dire que la pochette est juste sublime, qui en est l’auteur ?
Yvain : C’est le même graphiste qui a déjà travaillé sur les précédents projets graphiques de 111, il s’appelle Jérémy Barrault. Du coup on en avait pas mal parlé au moment de la conception des paroles sur le projet de fond sur l’album. On est arrivé avec une idée claire de ce que l’on voulait.
C’est inspiré par les messages écrits au scotch par Emma derrière sa basse en concert. En ce moment, c’est Daronne et au moment où on a conceptualisé cet album c’était More Women On Stage. Et l’idée est de reprendre cette manière d’écrire, retravaillée par Jérémy pour faire la pochette. Et l’idée pour le dos, c’est d’avoir tous les titres écrits de la même manière, un peu arrachés et en mauvais état comme dans les toilettes des salles de concerts où on retrouve les stickers des groupes et certains sont là depuis des années.
C’est très léché mais c’est simple et ça nous tenait à cœur d’avoir du noir du blanc et le sticker en rouge avec le nom du groupe. Sans chichi et droit au but encore une fois.
Emma : On travaille avec lui depuis le début du projet. C’est aussi un musicien, qui fait dans le rock, le metal. C’est un ami de l’ancien batteur de 111, Julien Jousselme, qui officiait aussi dans ça et çub et donc il a travaillé au début avec nous, c’est lui qui a fait le logo les deux pochettes des 45 tours, il a fait tous les dessins de notre clip en 2D (ndlr : Welldone), il a fait tous les dessins, genre 7000 dessins et naturellement on a maintenu notre partenariat, parce qu’on kiffe son travail et qu’il est dans la compréhension du propos artistique.
Parlez-nous un peu de cette release de folie au Ninkasi et des artistes qui sont venus sur scène avant vous (Salut l’Orage) et avec vous (Charlotte, Lucie dans le ciel et Groumpf).
Yvain : Salut l’Orage qu’on connaît parce qu’ils sont accompagnés par la Smac les Abattoirs à Bourgoin-Jallieu et qui nous accompagnait avant. C’était aussi l’occasion de renvoyer l'ascenseur et puis se sont des Stéphanois et qu’on aime leur musique. Ils ont fait un super concert.
Après on a demandé à Charlotte de venir chanter avec nous sur A crowd of us qu’on envisageait à plusieurs voix et d’assez massif avec pas mal d’amplitude sur les voix et c’était naturel d'ajouter quelqu’un à ce moment-là du concert. On a appelé Sacha (de Lucie dans le Ciel) pour venir faire un piano voix sur le titre Stars qui se prêtait très bien à l’exercice et qui permettait de faire un autre tableau dans le concert où on retrouve Emma et Sacha dans la fosse. Elles étaient les yeux dans les yeux avec le public et c’était important dans ce concert qui a duré une heure de créer des tableaux différents. Et Groumpf qu’on a appelé pour le dernier tableau et avec qui on a une bonne consanguinité puisque Jules, notre batteur et également le percussionniste et claviériste dans le groupe. C’était aussi un choix naturel pour le morceau de fête final.
Emma : Salut l’Orage, on les a choisis, parce qu’on est passé par la SMAC des Abattoirs au tout début du projet en 2019, qui nous a accompagné pendant deux ans et depuis je fais partie de l’équipe, j’interviens sur la communication, et le groupe est accompagné par la SMAC également. Je trouve que leur musique est super chouette, c’est deux mecs qui bossent avec sincérité et détermination, qui me rappelle 111, ils sont de Saint-Etienne et on a voulu les inviter pour la release.
Ensuite Charlotte est une meuf que je kiffe, avec une culture punk-rock énorme, elle joue dans Salo et en fait j’ai écrit un bouquin qui s’appelle In Uterock qui est le portrait de 12 musiciennes, qui est paru aux éditions Bergame en 2018 et elle fait partie des 12 artistes que j’avais interviewé, elle est sur la couverture d’ailleurs.
Je l’ai invité avec Sacha (de Lucie dans le ciel) parce que j’entends souvent "on voudrait bien qu’il y ait des meufs sur scène mais on ne trouve pas". Ils ne sont pas curieux et j’avais envie de dire qu'il y a des artistes régionales, qui sont incroyables. Je les ai invitées parce que je les kiffe artistiquement et pour démontrer qu’il y a plein de meufs sur scène talentueuses et la preuve en est.
Maintenant Lucie chante en français (NDLR : Ici). Elle est diplomée de je ne sais pas combien de conservatoires, elle-même est enseignante à l’ENM à Villeurbanne et a gardé cet accès simple à la musique. Je suis autodidacte et elle a détaillé la construction harmonique du morceau dont je n’avais même pas conscience. Elle a ce truc d’accessibilité et de gentillesse et de jouer avec elle quand on a répété chez elle j’avais des frissons et des larmes aux yeux tellement elle dégageait un truc incroyable.
J’étais très contente de partager ces moments avec elles et elles l’ont bien rendu au public, c'était des temps forts il m’a semblé.
Je voulais aussi inviter Lula de Venin Carmin, qui est aussi bassiste et chanteuse, mais malheureusement elle était en résidence à Auch le lendemain.
En tant que bassiste chanteuse, pouvoir partager des moments forts, artistiques, avec mes paires, avec lesquelles je discute beaucoup de notre condition, quand on va marcher avec Lula, on parle savon, miel et forcément de notre quotidien d’artistes femmes. Et ça me fait beaucoup de bien d’être avec mes paires et de partager ce qui va ne va pas, ça rassure.
Groumpf c’est la folie et les copains. Ils m’avaient invitée à leur release et il me semblait naturel de les inviter, c’est les frérots quoi ! On partage pleins de trucs, c’était n’importe quoi et de clôturer la release avec leur folie c’était génial !
On voit et on entend de plus en plus de filles sur le devant de la scène rock, est-ce que vous pensez qu’enfin, avec tous les mouvements qui ont été impulsés, le syndrome de la Schtroumpfette va s’arrêter ? C’est pour ça que derrière ta basse il y a écrit La Daronne ?
Yvain : Je pense qu’on a commencé à soulever le problème et on est très loin de l’avoir résolu. Des réflexions sexistes, il y en a encore très régulièrement. Des trucs du genre "tu joues bien pour une femme". Il y a un changement générationnel qui commence à se mettre en place et ce n’est pas encore résolu. Et la place des femmes dans le rock et dans la musique reste très codifiée. Souvent c’est la chanteuse et qu’elle soit une petite chose fragile, répondant à une certaine image de glamour et tout ça. Il n’y a pas les mêmes exigences pour les hommes et pour les femmes, les mêmes attentes de compétences. Et le fait d’écrire Daronne (je ne vais pas dire son âge) elle a des enfants et elle continue à faire ce métier et n’est pas dans les carcans de la petite chose fragile qui est attendu. Il y a de plus en plus de musiciennes mais la route est encore longue.
Emma : Je vois qu’il y a des efforts, mais on est loin de l’égalité ! Il y a des efforts des équipes techniques qui nous accueillent, parce que je pense que ce sont des personnes qui sont formées au sexisme ordinaire et qui essayent de faire gaffe. Mais il y a encore des débordements. Il n’y a pas si longtemps j’étais sur scène et on demandait à mon régisseur scène quand arrivait LE bassiste pour qu’on commence les balances !
Il y a encore du boulot. Il y a certains programmateurs et certaines programmatrices qui essayent de faire à minima du 50-50 sur les leads. Parce que c’est plus facile de trouver des chanteuses lead que des instrumentistes femmes. Je sais qu’il y a un effort de fait. L’avantage de la discrimination positive c’est de se dire on va s’imposer des chiffres, des quotas et rentrer au maximum dedans, pour que ce soit plus égalitaire. Après, dans les faits, tu prends la programmation des SMAC (NDLR : Salles de Musique Actuelle) et tu constates qu’on est encore sous représentées. Mais cela ne tient pas qu’aux programmateurs et programmatrices, ça tient aussi, que dans les écoles de musique, notamment de musique actuelle, et bien on ne donne pas la chance aux femmes de faire de la basse ou de la batterie encore, selon moi. Une fois que tu as “pondu” un gamin, rester artiste dans les musiques actuelles, ça reste compliqué et c’est en ça que je dis en mettant « daronne » sur ma basse. C’est que le fait d’être une mère de deux enfants, à 48 piges, sur la scène Rock, c’est déjà un acte politique !
C’est tout une chaîne, on ne peut pas jeter la pierre sur les programmateurs et programmatrices, c'est tout ce qui se passe avant, sur l’apprentissage de la musique actuelle, aux instruments qui sont encore sexués.
Ça va un peu mieux, mais on est loin d’un monde égalitaire. Il suffit de reprendre les chiffres quand tu regardes un festival rock, c’est catastrophique en fait.
Sur les festivals je suis très souvent la seule femme sur un plateau de trois ou quatre groupes. Une anecdote : j’arrive dans les loges, au catering (NDLR : le repas des artistes) et un mec de Brassens Not Dead, me dit "merci beaucoup", je lui demande pourquoi et il me dit “franchement le catering est un régal”. Voilà. Déjà on associe le fait que celui qui fait la bouffe est forcément une femme et en plus, on ne considère pas qu’une femme qui rentre dans ce lieu puisse être une artiste.
On a l’impression qu’être une fille et avoir un groupe invité en festival est nettement plus difficile que de voir un groupe avec des casseroles (pour rester poli) être invité sur ces mêmes festivals ?
Yvain : Je ne sais pas si ça ne dérange personne. Il y a des groupes qui ont beaucoup de mal à se faire programmer maintenant à cause de ça, mais il y en a d’autres où c’est avéré et ça passe. Je ne saurais pas vraiment m'expliquer ça. No One Is Innocent par exemple voit une partie de sa tournée annulée et des salles refusent de cautionner mais j’ai l’impression que Rammstein joue beaucoup. Mais je ne suis pas complètement d’accord pour dire que les groupes qui ont des casseroles se font programmés partout, il y a quand même des salles de concerts qui refusent d’associer leur image à ça. Je ne sais pas si c’est moral et si ça vient du bon endroit. En tout cas c'est le cas.
Pour finir, quels artistes écoutez-vous en ce moment ?
Yvain : En ce moment j’écoute le dernier album de Shannon Wright que je trouve tout à fait excellent. J’écoute toujours le dernier album de Sigur Ros, très éloigné de 111 dont je ne me suis toujours pas lassé. Dans les groupes émergents il y a le groupe qui s’appelle Maleville qui va sortir un album dans un mois ou deux et c’est un duo de musique électronique qui est très cinématographique, qui est local et dont j’avais déjà beaucoup aimé leur dernier album.
Emma : En ce moment j’écoute Treaks, un groupe qui vient de s’ouvrir au monde avec un premier album qui est vraiment mortel. J’écoute aussi beaucoup We Hate You Please Die, que je trouve assez cool.
Où va-t-on vous voir sur scène dans les prochaines semaines et mois ?
Emma et Yvain : En mars on va à la Presqu'île à Annonay le 14 mars avec Ndox Électrique, le 15 nous serons à Fumel au Pavillon 108 dans le sud-ouest. On joue le 5 juin au Local Bar à Strasbourg. Et d’autres dates à confirmer (NDLR : restez connecté à leurs réseaux sociaux).
Un dernier mot ?
Yvain : Merci beaucoup de parler de ce que l’on fait. On a sorti l’album il y a deux semaines et il y a beaucoup de retours enthousiastes et ça nous touche. Le fait de pouvoir parler de notre musique dans des médias indé est très gratifiant et donc merci beaucoup de nous permettre de le mettre en face d’oreilles d’autres personnes.
Emma : j’ai envie de dire merci pour ce que vous faites, j’ai travaillé 20 ans dans le journalisme et la communication, donc je sais ce que cela représente. Merci de mettre en lumière les groupes émergents, cela nous aide énormément ! Les indés comme vous, qui donnent de leur temps au milieu d’une vie personnelle, c’est riche pour les artistes et glorieux pour le Rock.