Tout comme le film Mortelle Randonnée de Claude Miller n’a rien de "froid, abstrait ou théorique", ce disque inspiré de l’œuvre de Carla Bley et Karen Mantler évite une musique trop brouillonne à force de vouloir mélanger jazz, rock et plein d’autres choses, trop docte ou érudite, trop hors-piste.
Peut-être parce que les quatre musiciens : Sébastien Cirotteau (trompette, pichotte, claviers, voix), Andy Lévêque (saxophone, flute, basse, claviers, voix), Benjamin Glibert (guitares, basse, percussions, voix) et Clem Thomas (batterie, glockenspiel, ukulélé, voix) font bien plus que reprendre et traduire en français la musique de Bley et Mantler. Intéressant mais réducteur.
Mortelle randonnée avec ce La reine uphone ("No Funeral" à l’envers) cultive l’esprit mais le façonne à leur manière, le revisite, le fait sonner autrement. Attention cette musique protéiforme ne perd rien en fantaisie, elle est ici toujours haute en couleurs, ni dans cette forme de rigueur qui n’est jamais réellement absente. On y retrouve à la fois du savant et du populaire, du poétique forcément, du mystère, de l’humour, de la gaité, de la profondeur, de la mélancolie, de grandes envolées qui semblent se briser en de nombreux organismes.
Carla Bley incarnait une idée de la liberté, de l’originalité et de l’indépendance en musique, les musiciens de Mortelle Randonnée (membres du collectif toulousain Freddy Morezon) en sont les dignes successeurs.