Voilà encore un ouvrage de grande qualité que nous proposent les éditions Passés-Composés avec Vichy et la justice, écrit par Jacques Duret, un ancien avocat devenu docteur en histoire contemporaine après avoir soutenu une thèse sur la répression politique par les juridictions parisiennes entre 1940 et 1945. Ses recherches portent sur l’histoire de la justice française contemporaine, notamment sous le régime de Vichy et à la libération. Elles s’intéressent particulièrement à la répression des résistants, des communistes et des femmes.

Avec cet ouvrage tout juste sorti en début de mois, il nous permet d’appréhender la marge de manœuvre que peut prendre la justice quand la dictature s’installe dans un pays. De la fin de la "drôle de guerre" à l’effondrement du régime de Vichy, de nombreux prévenus sont jugés pour des motifs politiques par la justice française.

Loin d’être une parenthèse dans l’histoire de France, la justice de Vichy est d’abord héritière du système judiciaire mis en place sous la République, qu’il s’agisse de son personnel, de ses lieux, de ses mots et de ses usages. Si, jusqu’à l’été 1941, la justice ordinaire est au cœur du dispositif de répression, traquant les adversaires de l’État français ou définis comme tels (communistes, Juifs, auteurs de délit d’opinion ou déserteurs), un basculement s’opère ensuite avec le recours aux juridictions d’exception, sous l’œil inquisiteur de l’occupant allemand. La section spéciale et le tribunal d’État deviennent les symboles de sanctions féroces et arbitraires : le 27 août, lors de la première audience, les juges de la section spéciale prononcent trois condamnations à mort pour propagande communiste. L’action des magistrats de carrière est néanmoins jugée insuffisante par le gouvernement, ce qui conduit peu à peu Vichy à choisir ses juges et à réduire inexorablement leurs compétences.

L’ouvrage de Jacques Duret s’appuie évidemment sur ses travaux de recherches effectués pour rédiger sa thèse. Il nous montre les liens entre le politique et la justice. Il nous montre des magistrats en 1940 qui étaient très proches du Maréchal Pétain, expliquant notamment les peines lourdes données aux communistes accusés de propagande après 1941. Il nous montre aussi les pressions exercées pendant l’occupation par l’occupant sur la magistrature.

Il nous montre aussi toutes les juridictions spéciales mises en place sous Vichy, mettant en place une justice d’exception, tout cela s’appuyant sur de nombreux exemples très éclairants. L’ouvrage est extrêmement documenté, ceci s’expliquant de nouveau par le travail fourni pour une thèse qui se doit d’être précise. Cela permet de bien voir le répression politique mise en place sous Vichy. Jacques Duret nous propose en fait un récit incarné par des hommes et des femmes, victimes ou complices du Régime de Vichy et de l’occupant allemand.

Précis tout en restant accessible, l’ouvrage de Jacques Duret est au final un excellent ouvrage que je vous conseille vivement.