J'ai adoré Boucan lors de la sortie de leur album Colère Mammouth en 2022. Voilà que le duo, constitué de Brunoï Zarn (guitare bidon, banjo, voix) et de Mathias Imbert (contrebasse, batterie et voix) nous revient avec l’album Ballad Of John Kairos.

Il va falloir t’accrocher parce que le duo, enrichi des percussions de Bastien Pelenc, va bousculer tes petites habitudes.

L’histoire raconte qu’en studio les musiciens s’amusaient (enfin on suppose qu’ils s’amusaient) à chanter, mais pas en français, mais plutôt à ce qui ressemble au choix à du yaourt d’une langue à laquelle on ne serait pas habitué de prime abord ou à des onomatopées. En fait, j’ai envie de dire qu’on s’en fout tellement le résultat m’a happé de suite.

C’est John Parish, le producteur britannique, renommé entre autres pour son travail avec PJ Harvey ou Eels, pour ne citer que ces deux artistes, qui a enregistré sans rien dire les musiciens qui s’échauffent, échangent, s’amusent, créés tout simplement.

Bien sûr que l’on retrouve cette musique guitare, banjo, percussion et contrebasse qui m’avait séduit la première fois, mais on est subjugué par cette langue étrangère, par les péripéties des voix qui s’entrechoquent, qui virevoltent, font des arabesques sonores tout autour de nous comme pour sur le titre "Lola des villes", qui voit la participation de Lior Shoov et ses multiples instruments.

Mathias, connu aussi pour jouer du free jazz avec Tigre des Platanes ou, je cite "de la chanson cabossée" avec Bancal Chéri explique que ces paroles, peut-être incompréhensibles de prime abord, permettent de créer un rapport différent entre le public et le chanteur et que ces titres détachent des paroles et permettent de se concentrer sur la musique.

Les musiciens collaborent aussi avec le musicien G.W Sok sur un titre hallucinant en hollandais "Gedde Met Geluid", qui dure 7 minutes 52. Puisque l’on parle de collaboration, elle passe aussi sur le visuel de l’album, signé Thibaut Derien, déjà repéré, entre autre, pour son travail avec Nicolas Jules (tiens tiens).

On sourit à l’écoute de "Bogolo" ou de "Bla Bla" qui ouvre l’album, on voyage, on s’abandonne et j’avoue que cette expérience, inhabituelle, est enrichissante et sublime. Boucan continue son chemin, dédie cet album à Piero (Pépin, trompettiste trop vite décédé) et nous montre combien la vie peut être surprenante et rien que pour ça, c’est un grand MERCI messieurs.

Plus que jamais, soyez curieux et croyez-moi, vous n’allez pas être déçu.