"Mode et sport : un match parfait au Palais Galliera"
Un dialogue en mouvement
Le dialogue entre mode et sport, initié le 16 juin 2023 au Palais Galliera – véritable temple parisien de la mode – atteint son apogée avec cette nouvelle exposition, à découvrir du 8 février au 12 octobre 2025. Un voyage captivant à travers les liens profonds et fascinants qui unissent ces deux univers.
À l’occasion des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, l'attention s'est portée sur les looks des athlètes, révélant au monde entier l'influence réciproque entre performance et élégance. Grâce au partenariat de LVMH, l'élégance française s’affirme à travers les tenues des athlètes, des bénévoles et des célébrités, où durabilité et artisanat d’exception sont à l’honneur.
Impossible d'oublier la cérémonie d’ouverture, où Berluti a habillé l’équipe de France avec des costumes aux finitions artisanales, tandis que Dior a sublimé des icônes telles que Céline Dion et Lady Gaga (sa robe à plumes, clin d'œil à Zizi Jeanmaire habillée par Yves Saint-Laurent, est désormais visible à la Galerie Dior). Les tenues de compétition imaginées par Stéphane Ashpool pour Le Coq Sportif, dévoilées en parallèle de son exposition au 19M, incarnent une mode responsable entre relocalisation et éco-conception. Le minimalisme durable prend ainsi une nouvelle dimension, valorisant le savoir-faire français. Kenzo signe les kimonos de l’équipe de France de judo, tandis que, à l’international, Ralph Lauren habille les athlètes américains, Giorgio Armani, sous son label EA7, les Italiens, et Puma les Jamaïcains. Mention spéciale aux créations vibrantes de Michel & Amazonka pour la Mongolie et aux tenues conçues par Stella Jean, mêlant imprimés inspirés de Philippe Dodard et guayaberas haïtiennes, conçues en tissu recyclé. Sans oublier les costumes spectaculaires de Kevin Germanier pour la cérémonie de clôture, véritable apothéose de cette fusion entre sport et haute couture.
L’exposition dévoile également des pièces exceptionnelles prêtées par des institutions de renom : le Patrimoine Chanel, la Fondation Azzedine Alaïa, la collection Émile Hermès, les archives Balenciaga et Jean-Charles de Castelbajac. Présentées sous vitrine et à l’éclairage tamisé pour préserver leur éclat, ces créations racontent l’évolution des styles, des corps et de la perception du mouvement.
Un voyage à travers les époques, les silhouettes et les idéaux qui ont façonné notre rapport au sport et à la mode. Une confrontation fascinante entre vestiaire urbain et tenues de compétition, à découvrir au Grand Palais pour saisir l’essence de cette alliance indéfectible.
Le XVIIIe et XIX siècles : entre esthétique et mouvement
L'itinéraire de l’expo débute au milieu du XVIIIe siècle, à l'heure où Rousseau et ses contemporains débattent du lien entre santé, beauté et mouvement. C'est l'époque de L'Émile, des silhouettes contraintes par des corps baleinés et des jupons amplifiés par des cerceaux d'osier, tandis que la mode masculine se distingue par des vêtements amples et couvrants.
Parallèlement, les espaces publics urbains se multiplient, et la promenade devient une activité à la mode. Peu à peu, l'exercice et le mouvement commencent à supplanter les carcans vestimentaires artificiels. Sous l'influence de l'aristocratie anglaise, le corps devient plus dynamique et s'impose dans l'esthétique de l'époque. La mode évolue avec des costumes de promenade raffinés et des tricornes de chasse qui annoncent les styles du XIXe siècle.
De révolution en régime politique, les silhouettes oscillent entre différentes mises en valeur du volume : manches gigot de la période romantique, crinolines du Second Empire, tournures et poufs des années 1870-1880. Pendant ce temps, la pratique du sport féminin se développe parmi l'aristocratie et la haute bourgeoisie. Sur les podiums de la mode, les tenues s'inspirent de la chasse à courre, de la chasse à tir, du lawn-tennis, du golf, de l'escrime, du croquet ou encore de la conduite automobile. Ces activités ne sont cependant pas encore de véritables sports, mais plutôt des moyens de cultiver un entre-soi et d'étendre son réseau social.
L'anglomanie explose, s'exportant en Europe, où les femmes adoptent le style "amazone", inspiré des costumes de chasse masculins. En parallèle, les théories hygiénistes ouvrent de nouveaux horizons avec la découverte des bienfaits des bains de mer. Les premières stations balnéaires voient le jour, et les tenues deviennent de plus en plus audacieuses : bras et jambes se dévoilent grâce à des costumes rayés aux teintes vives, tandis que les bonnets en caoutchouc remplacent définitivement les chapeaux de ville. Le style balnéaire est né !
Costume de bain, vers 1907 – Palais Galliera / Paris Musées
Le XXe siècle : l'émancipation par le sport
Le début du XXe siècle est marqué par un engouement pour la bicyclette, encouragé par la création du Championnat de France du vélocipède en 1880. Les femmes, défiant les conventions de genre, adoptent des pièces du vestiaire masculin, notamment la culotte bouffante fendue en deux. C'est l'époque des célèbres bloomers, du nom de la féministe américaine Amelia Jenks Bloomer. Par la suite, ces tenues évoluent vers une version plus ajustée, les jodhpurs — pantalons serrés du genou à la cheville —, importés des Indes par les officiers anglais.

Costume de bicyclette pour femme, vers 1900 – Palais Galliera / Paris Musées
Les accessoires se multiplient et enrichissent les silhouettes mythiques de l'époque, à l'image de la princesse Murat et de ses chapeaux somptueux, ses lunettes en cuir, en soie ou brodées de fourrure. Enfin, les catalogues de mode tels que L'Art et la Mode ou La Mode Illustrée nous plongent dans un univers foisonnant de détails et de sophistication, témoignant de l'évolution constante du dialogue entre mode et mouvement.
1900-1910 : L’Âge d’Or de l’Élégance Parisienne
Le début du XXe siècle marque l’apogée du raffinement avec des pièces emblématiques. L’Exposition universelle de 1900 consacre la Parisienne comme une figure incontournable de la mode, et les grandes Maisons se multiplient. C’est la Belle Époque, où des noms prestigieux comme Beer, Caillot Sœurs, Chéruit et Doucet incarnent l’excellence du goût parisien. La rue de la Paix et la place Vendôme deviennent le cœur battant de la mode. Des jaquettes cintrées aux jupes ajustées, des corsets aux gaines sculptantes, les silhouettes sont architecturées avec une précision extrême. Ce n’est qu’à la fin de la décennie que le corps féminin commence à se libérer, notamment grâce à Paul Poiret. Visionnaire, il révolutionne la mode avec des coupes épurées et des couleurs vives, imposant un binôme parfait entre modernité et élégance.

Manteau du soir, vers 1910 – Palais Galliera / Paris Musées
1920 : L’Ère du Mouvement et du Confort
Les années 1920 marquent l’explosion des matières luxueuses et des ornements sophistiqués. Les Années folles deviennent l’âge d’or de la broderie. De nouveaux créateurs comme Jean Patou et Coco Chanel font leur apparition, tandis que les femmes, toujours plus indépendantes, adoptent une silhouette androgyne. La vie nocturne est trépidante, rythmée par le charleston et le fox-trot. L’exotisme triomphe à travers les tiares scintillantes, les perruques colorées, les longs sautoirs et les éventails raffinés. Une véritable "mentalité sport" s’impose. Chanel introduit le jersey, symbole de liberté et de confort, tandis que les robes raccourcissent. Jean Patou inaugure avec succès "Le Coin des Sports" (ne manquez pas son iconique sweater rayé !), et les championnes de tennis Suzanne Lenglen et Helen Wills en deviennent les muses. Lanvin, Schiaparelli, Lucien Lelong et Jean René Lacoste embrassent également cette vague de renouveau. Mention spéciale aux couvertures de Harper’s Bazaar, véritables objets de désir pour les collectionneurs de mode.

Numéro de Harper’s Bazaar, Mai 1936 – Palais Galliera / Paris Musées
1930-1940 : La Mode Face à l’Histoire
Les années 1930 célèbrent la pureté des lignes, la maîtrise de la coupe et le triomphe du blanc. Les robes retrouvent du volume grâce à la coupe en biais, sublimée par Madeleine Vionnet. Comme le souligne L’Art et la Mode, "Malgré la guerre, la couture et la mode de Paris continuent à créer".
Dans un contexte troublé, l’élégance persiste. En attendant la libération et l’avènement du New Look de Dior, la culture physique se développe, même sous le régime de Vichy. Le sport devient un instrument de propagande pour les régimes totalitaires, exaltant le culte du corps et l’image d’un "homme nouveau". Pourtant, la mode parisienne, bien que sous contrainte, continue à réinventer l’élégance, témoignant de sa résilience face à l’histoire.

Numéro du magazine Votre Beauté sorti en août 1942
1950 : La naissance du Sportswear Chic
Les années 1950 marquent un renouveau éclatant de la haute couture et l’essor d’un sportswear élégant. Être sportif devient synonyme d’élégance ! Les épaules s’arrondissent, les hanches s’épanouissent, et la vie mondaine reprend ses droits. Les robes de soirée triomphent sur les robes cocktail.
C’est aussi l’arrivée en Europe du sportswear made in USA, inspiré du style Ivy League : varsity jackets, blousons Harrington et mocassins, adoptés par des icônes comme Paul Newman, Steve McQueen et John F. Kennedy. En France, cette tendance trouve son équivalent en quatre lettres : BCBG.

Blouson Schia-Sport, prêt-à-porter, 1952 – Palais Galliera / Paris Musées
1960-1970 : Révolution, Jeunesse et Mode Futuriste
Les années 1960 plongent la mode dans l’ère de la science-fiction et d’un vent de liberté. Une mode jeune et décomplexée s’impose. André Courrèges façonne une silhouette fuselée et dynamique, tandis que Paco Rabanne révolutionne la scène avec ses créations métalliques. La mini-jupe, emblème de cette décennie, devient un véritable phénomène de mode et de société.
Les années 1970, quant à elles, amplifient cette révolution en jouant sur les contrastes : bohème et disco, rock et sportswear, luxe et streetwear. L’éclectisme devient la norme, et le corps en mouvement est au cœur des inspirations stylistiques.

Combinaison Thierry Mugler, Printemps-été 1979 – Palais Galliera / Paris Musées
1980 : L’Explosion du Sport et du Glamour
Les années 1980 s’illuminent de couleurs fluo et de coupes ajustées. L’ensemble de sport rouge mythique de Dalida côtoie les pièces en cuir sculptural de Thierry Mugler et Claude Montana. L’esthétique sportive fusionne avec l’aérobic et le culturisme, donnant naissance à une nouvelle vision athlétique et glamour.
L’icône Jane Fonda popularise le fitness, tandis que les créateurs japonais comme Rei Kawakubo et Yohji Yamamoto proposent des silhouettes radicales et avant-gardistes. Le sport n’est plus seulement fonctionnel : il est désormais un véritable statement de mode.

Tenue de sport appartenue à Dalida, circa 1980 – Palais Galliera / Paris Musées
1990-2000 : L’Hégémonie du Sportswear
Les années 1990 marquent l’apogée du sportswear, porté par une jeunesse en quête de liberté et de dynamisme. Le grunge, MTV et les émissions américaines deviennent les phares d’une génération qui s’amuse avec la mode et le sport.
À la fin de la décennie, l’hégémonie du sportswear est indiscutable. Ralph Lauren, Tommy Hilfiger et Calvin Klein en font un pilier du vestiaire contemporain. Les collaborations entre designers et marques de sport explosent : Puma avec Xuly.Bët, Y-3, fruit du mariage entre Yohji Yamamoto et Adidas, et plus tard, des sneakers iconiques signées Balenciaga, Gucci x Adidas, Nike x Jacquemus ou encore New Balance x Miu Miu.

Casque de moto Chanel - Collection Croisière 2023 – Palais Galliera / Paris Musées
La Mode au Sommet : Le Luxe des Sports d’Hiver
L’exposition se poursuit avec une immersion dans l’univers des sports d’hiver. Les premières stations de ski sont mises à l’honneur à travers des affiches emblématiques, comme celles de la SNCF pour le téléphérique de Saint-Gervais Mont-d’Arbois ou celle d’Isran célébrant le pantalon sauteur à Megève.
On revient sur le parcours d’André Ledoux, skieur émérite et couturier, pionnier des vêtements de ski à la fois chics et fonctionnels. Chamonix, Megève et Saint-Moritz deviennent des hauts lieux de la mode hivernale. Les matériaux évoluent vers plus de technicité, sans renoncer à l’élégance, comme en témoigne Armand Allard, qui installe sa maison directement à Megève, station prisée grâce à la vision de la baronne Noémie de Rothschild.
Le voyage se conclut en beauté avec une robe de soirée fluo signée Jean Paul Gaultier, une doudoune rouge flamboyante de Balenciaga et une combinaison orange Fusalp.

Veste Allard, vers 1960 – Palais Galliera / Paris Musées
Mode et Sport : Une Alliance Intemporelle
Indissociables, la mode et le sport ne cessent d’élargir leurs horizons et de nous surprendre. Au-delà des tendances et des époques, la mode demeure un miroir de nos sociétés. Audacieuse, intemporelle, engagée, elle façonne notre quotidien et notre identité.
Ne manquez pas cette occasion de plonger dans un univers où créativité et histoire se rencontrent.
Crédits photos : Paola Simeone, avec l'aimable autorisation du Palais Galliera
