Spectacle écrit et mis en scène par Tom Lejars avec Hélène Humblot.

Tom Lejars a fondé avec Hélène Humblot le Théâtre NOX et "Couper les steaks hachés en deux avec panache" est leur première création.

Spectacle à une seule voix, interprété par Hélène Humblot, la pièce raconte l'histoire d'un départ.

Une jeune adolescente est en partance. Elle quitte son milieu et sa famille dans un élan vital et pulsatile, "le milieu du monde, je dis bien au milieu pas au centre, je dis milieu pour dire moyen (...)".

Le départ de son milieu d'origine, de ses repères familiaux et culturels, à l'intérieur desquels elle se sent bien trop à l'étroit. Elle espère le grand voyage, celui qui lui fera vivre une vie à plus grande mesure, avec un horizon plus lointain à dérouler, à toute vitesse.

Dès l'arrivée sur scène d'Hélène Humblot, le décor, qui à lui seul résume l'insupportable médiocrité de certaines banlieues, devient le centre d'un tourbillon d'espoirs, de rêves, de choix possibles mais aussi de renoncements éventuels. Ce moment de la vie où l'on s'apprête à tout quitter pour enfin se trouver.

Il est question de vitesse et de fracas quand une adolescente renverse la table, questionne ses rêves, et ses aspirations. L'adolescence métaphorique du premier élan politique d'un être en édification.

Un projet de vie et de construction sociétale pour déplacer les centres de gravité.

Ce monologue d'1h15 est la cristallisation de ce carrefour de l'existence, ce point de bascule qui rend le changement possible, cette révolution potentielle qui couve à l'intérieur, comme les instants précédant le Big-Bang, avant que le temps n'existe. Le texte est dense et ciselé comme des pensées débordantes, précises et bouleversantes.

On est spectateur d'un instant qui s'inscrit pour toujours, on observe avec émotions l'amorce d'un voyage qui changera tout.

Le texte de Tom Lejars, d'une densité et d'une puissance remarquables, nous chamboule forcément, pinçant telle ou telle corde sensible, celles de nos ambitions d'adolescence plus ou moins assouvies ou dans le cas présent, du souvenir de cette vie étriquée, si éloignée du pôle attractif de la grande ville et en même temps étrangère à la vraie campagne.

Certaines formules fulgurantes résonnent particulièrement et mériteraient quelques secondes d'assimilation, tant elles déclenchent des foules de réflexions, mais le texte ne laisse pas de place aux temps morts, Hélène Humblot nous le délivre à la cadence d'une adolescente aux aspirations bouillonnantes, qui a hâte d'en découdre avec l'existence.

Constat de ces vies moyennes, où il est interdit de se plaindre, où l'on étouffe de l'infortune de n'être pas assez pauvre pour en faire une fierté et pas assez riche pour se permettre d'espérer le bonheur.

Cette pièce nous ébranle, car elle parle à chacun de nous, elle réveille certains de nos sentiments enfouis, de nos déceptions et de nos hontes intimes.

Tout le monde n'a pas passé son enfance entre un centre commercial et un champs de céréales, mais le sentiment de médiocrité qui en résulte est un sentiment universel que l'on pourrait appeler l'adolescence.

Hélène Humblot est impressionnante de virtuosité. Son jeu nous bluffe et nous régale. La voir évoluer dans ce décor minimaliste mis en valeur par le jeu malin des lumières, décuple la force d'un texte pourtant déjà percutant.

La mise en scène de Tom Lejars est énergique et syncopée.

Lors de l'échange qui a suivi la représentation, un spectatrice a demandé où l'on pouvait se procurer le texte de la pièce. Effectivement, on aimerait pouvoir relire dans un tempo différent ce texte d'une précision et d'une envergure universelles...

1h15 d'un moment d'éternité !