Kelley Stoltz, inconnu. Un nom à marquer direct 30 points au Scrabble, selon l'emplacement des "mot compte triple", ceci est une autre histoire.

Et puis il y a cet album, Below the branches, dont on ne sait ou il va, d'où il vient, à paraître le 26 juin dans l'hexagone, composé de manière artisanale, seul à la maison avec ses claviers et ses guitares, sa batterie et ses envies, comme une carte postale de San Francisco, freak et mouillé par l'écume du sud des USA.

D'emblée, le très Velvetien "Wave goodbye" rassurera l'auditeur pétri de doutes et d'interrogations. Below the branches ne se vendra qu'à quelques poignées d'exemplaires en France, comme ailleurs. Cet album est quelque part trop bon pour le commun des mortels français, avec sa production parfaite bien qu'enregistré à la maison.

"Wave goodbye", c'est la dynastie des "I'm waiting for my man" de Lou Reed et son piano martelé comme une guitare qui ressuscite trente ans après le déluge sonore. L'ombre de John Cale au dessus de l'épaule, Kelley Stoltz publie un premier album courageux, où le piano domine le débat, oui, mais d'une bien belle manière rock, comme sur "Little Birds" , oscillant entre le folk d'E. Smith et un bon blues en ternaire sur la batterie.

Un bien beau bordel en guise de B.O. pour bobo borderline. A la limite du pastiche Beach Boys sur "Ever thought of coming back" , clin d'œil amusé à Brian le joufflu Wilson et ses histoires de Jésus fumant des marshmallows. Mais une production et un album courageux, car Kelley surfe à contre-courant sur les modes actuels, passant du coq à l'âne comme d'une Fender à un Steinway (L'homme est multi instrumentiste), d'une ballade sur laquelle Jewel n'aurait pas craché ("Words" ) à "Memory Collector", pur moment de blues sur piano martelé comme Moby à son heure de gloire, reprenant "Why does my heart feel so bad" à la sauce moderne.

Un poil longuet sur la longueur dira-t-on en guise de pléonasme, tant les 13 chansons abordent des terres différentes. Le souci de trop en faire de peur de ne pas capter l'auditeur, lorsqu'on début sa carrière. Et pourtant, Kelley parvient à faire tressauter la Hi-Fi sur "Birdies singing" , morceau bravache inspirées du Lou à rides comme des très respectés ricains de Smog.

Une pop alternative avec ses gimmicks dont on s'étonne de les retenir aussi facilement à la première écoute. Tantra des mélodies complaisante, ou réel don musical, ce -premier?- album de Stoltz séduira les meilleurs d'entre nous par sa fraîcheur et son envie d'en découdre avec les albums cousus de fil blanc.

Stoltz, lit-on sans sa bio américaine, aime à rouler en vélo autour des plots de signalisation (vous voyez le genre, les plots oranges et blancs, faites un effort), on l'imagine zigzaguer entre chacun d'entre eux, à la recherche de l'équilibre, comme un bon freak de San Francisco assis devant son piano sous acides ("Prank calls"), ou comme la bande-son d'une vie à rouler à vélo, justement, entre les plots disposés sur la route sinueuse.