Biopic théâtral de Benjamin Husson, mise en scène de Benjamin Husson et Franck Le Hen, avec Isabelle Ferron et Franck Le Hen.

"Allo Alice ?"... mais qui est donc Alice ? Vient immédiatement à l'esprit l'Alice de Lewis Carroll et peut-être celle de Benjamin Husson, auteur de la partition, lui ressemble-t-elle par le lien avec l'enfance, une enfance atypique dans laquelle se forgent un rêve d'artiste, un amour de la vie et une foi en l'avenir.

Le sous-titre "Sapritch en ligne !" en révèle l'identité, celle d'une actrice décédée en 1990 dont les cinq décennies de carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision et la notoriété tardive sont, dans la mémoire collective, souvent réduites à quelques marqueurs certes cultissimes mais inévitablement réducteurs.

Notamment un strip-tease d'anthologie dans le film "La Folie des grandeurs", au dérisionnel "Slowez-moi" titre d'une des chansons de son album "Alice Sapritch à nu", à la publicité décapante pour un produit ménager et au brocardage par les humoristes Claude Vega et Thierry Le Luron.

Mais également au personnage qu'elle s'est forgée par hybridation de son physique de tragédienne, brune aux traits lourds et voix de basse, de son extravagance vestimentaire, avec turban fume-cigarette et tenue d'impératrice byzantine, et de son art de la répartie perfusé d'humour caustique et du sens de l'autodérision ayant contribué à son image publique de monstre sacré et de diva extravagante qui, avec le recul, l'inscrit en proto drama queen.

De manière inspirée, Benjamin Husson opère dans le genre du biopic impressionniste décliné dans une situation conversationnelle entre deux personnages, la protagoniste devisant, nonobstant d'intempestifs appels téléphoniques propices à des flash-backs, avec le styliste en charge de confectionner sa tenue pour la soirée de cérémonie des 7 d'or de la télévision française de l'année 1986 au cours de laquelle elle reçoit celui de la meilleure comédienne pour le rôle-titre de la série "L'affaire Marie Besnard".

Il assure la mise en scène avec Franck Le Hen qui campe efficacement le gay couturier admiratif en demande de confidences de celle surnommée "La Sapritch" dont Isabelle Ferron livre l'incarnation sensible d'une femme avec ses failles et ses blessures comme, et sans jouer la carte du mimétisme caricatural, le caractère burlesque propice à des éclats de rire.