Tout ça pour ça...

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Thomas Bangalter est la moitié de Daft Punk. Pas vraiment n’importe qui, et qu’on l’accepte ou non un grand musicien.

Premier disque solo donc, sous forme d’une composition orchestrale interprétée par l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine sous la direction de Romain Dumas, pensée pour le ballet d'Angelin Preljocaj présenté l'an dernier à l'Opéra de Bordeaux. Un ballet confrontant les mythes avec le présent, allant de la Grèce antique à Roland Barthes, traitant de ce "qui nous lie aujourd’hui, dans les recoins de nos âmes, aux grands récits fondateurs, à leur héros et héroïnes, mais aussi aux mythes des temps modernes qui sont de nature très différente".

Cela avait de quoi susciter un certain intérêt. Malheureusement, en ce qui concerne la musique, la montagne accouche d’une souris. De Daft Punk, Bangalter ne garde pas grand-chose, ni la technologie, ni l’énergie, ni les dynamiques ou à peine, ni la recherche de timbres, ni le travail de texture sonore. Des musiques dites "classiques", il ne garde que des images éculées, rabâchées et paresseuses (une sorte d’impressionnisme ou post-romantisme du pauvre), une écriture et une orchestration qui le sont tout autant, si tant est que l’on puisse parler ici d’orchestration.

C’est dommage car la création contemporaine offre, rien qu’avec la musique mixte un champs des possibles largement plus intéressant (en cela la musique de Tron : Legacy était déjà une demi-déception). On peut comprendre son envie de s’éloigner des machines mais si le recours aux technologies avec Daft Punk questionnait notamment le rapport de la musique dans le temps, la citation et son utilisation comme acte artistique, le geste instrumental, l’interprétation, ici il n’en est de facto plus rien.

Si l’on ne peut nier, parfois, une certaine efficacité mélodique, le reste ne présente peu ou pas d’intérêt. Ce qui fait que le disque parait interminable. "Après tout, le violon restera" dit Bangalter, doucement, on n’est pas chez Berg non plus...

En réalité, tout cela n’est pas très grave, et on trouvera tout que l’on attendait de ce disque, chez des compositeurs nettement plus intéressants comme Philippe Manoury, Guillaume Connesson ou Pierre Jodlowski.