Nous avons découvert Odila Caminos en lumineuse Jeanne d'Arc dans la pièce "Sainte Jeanne" de Georges-Bernard Shaw montée par Marie-Véronique Raban au Théâtre du Nord-Ouest.
Rencontre avec une femme et une comédienne tout aussi lumineuse.
Parlez-nous un peu de votre métier avant Sainte Jeanne.
Odila Caminos : Je suis venu au théâtre par la langue française. J'ai appris le français très jeune en Argentine et c'était un peu comme jouer. Je suis venue en France pour faire mes études dans le cadre de l'Alliance Française et j'ai fait du théâtre immédiatement. J'ai suivi de nombreux cours. J'ai joué à la Maison de la Poésie pour les 500 ans de la découverte de l'Amérique. Je jouais une princesse inca. Je joue souvent des rôles de personnages qui vont jusqu'au bout d'eux-mêmes. J'aime bien ces personnages.
J'ai pas mal joué, j'ai fait du théâtre de rue également avec la compagnie de Serge Noyelle au Théâtre de Châtillon qui a un rayon d'action européen et de gros moyens, un peu comme le Royal de luxe, ce qui m'a permis de beaucoup voyager avec ces spectacles. J'ai adoré parce que l'on créait des personnages à partir d'une trame de spectacle et un texte que l'on jouait dans différentes langues. J'ai également fait du travail corporel, de la danse.
Quand j'ai voulu me confronter aux textes classiques français, j'ai suivi le cours de Jean-Laurent Cochet pour lequel j'ai eu le coup de foudre et où j'ai énormément appris. C'est là que j'ai rencontré Marie-Véronique Raban qui m'a proposé un rôle de personnage loufoque dans une pièce de Feydeau "A qui ma femme ?". J'adore ce genre de personnage qui permet une grande création au niveau du personnage en plus du texte. Ensuite, elle m'a proposé un "remplacement" pour le rôle de Joséphine de Beauharnais dans la pièce"Napoléon unique" qui était un personnage assez éloigné de moi et qui a demandé beaucoup de travail même si elle venait aussi des Amériques comme moi. C'était encore un personnage historique qui va jusqu'au bout.
J'aime beaucoup me documenter et faire des recherches sur de tels personnages. Je travaillais donc avec elle dans la Compagnie du Marchepied qu'elle a fondé. Nous avons été amenées à proposer des projets dans le cadre du cycle "Jeanne d'Arc et autres femmes" du Théâtre du Nord-Ouest. Et c'est Jean-Louis Jeener qui a proposé cette pièce.
Aviez-vous déjà, avant d'aborder ce rôle connaissance du texte de Georges-Bernard Shaw et une représentation personnelle de Jeanne d'Arc?
Odila Caminos : Jeanne d'Arc est connue dans le monde entier et donc en Argentine je la voyais d'abord comme une sainte selon la vision de l'Eglise. En France, j'ai été étonnée par les relations entre elle et le Front National mais je n'étais guère allée au-delà. Quant à Georges-Bernard Shaw, je le connaissais car il a été beaucoup joué dans les années 80 au Théâtre National de Buenos Aires et cette pièce a été jouée en 1984. Son côté à la fois révolté et plein d'humour, railleur et marxiste plaisait là-bas après la chute de la dictature. Quand j'ai lu le texte, cela m'a fait rire et j'ai adoré. Donc j'ai accepté le rôle et je me suis, comme toujours, plongée dans l'histoire de Jeanne d'Arc.
Avec ce texte, votre regard sur elle a-t-il changé?
Odila Caminos : Oui, complètement. J'ai d'abord vu le côté humain. Et c'est ainsi que je l'ai abordée. Elle avait une force incroyable, une foi immense et était en communion avec la nature dans un équilibre unique. Elle n'était pas qu'une sainte qui priait les yeux levés au ciel. Le film "Jeanne d'Arc" de Luc Besson m'a marqué car il me semble plus proche de ce qu'elle était réellement. Je l'ai imaginée dans la nature, d'une pureté unique, comme une plante qui évolue dans la nature en parfaite communion, qui entend tellement les choses qu'elle ne peut agir autrement que comme elle l'a fait. Elle voyait les choses, ce que les autres ne voyaient pas.
Vous jouez donc le rôle principal dans une pièce longue qui dure plus de trois heures, un rôle particulier puisqu'il est historique et a une correspondance dans l'imaginaire de chaque spectateur et vous êtes la seule femme parmi 13 hommes. Quelles sont les difficultés de ce rôle?
Odila Caminos : Je vis le personnage donc la durée importe peu, je ne n'en ai même pas conscience. Je trouve même que cela passe très vite. La seule difficulté qui aurait pu exister est celle tenant à l'interprétation d'un personnage très français fait pour les français écrit par un auteur français du fait de mon accent. Encore qu'il est plus léger quand je joue que dans la vie. Mais en l'occurrence, l'auteur n'est pas français et il nous donne sa vision de Jeanne d'Arc ce qui crée une distance par rapport à celle d'auteurs français. Shaw a créé un personnage à la fois humain et grave tout en nous faisant sourire. Et c'est la raison fondamentale pour laquelle j'ai accepté de jouer ce rôle. Je crois en ce personnage et c'est sans doute la raison pour laquelle les spectateurs me suivent.
Marie-Véronique Raban nous a fait part des suites possibles et à géométrie variable de ce spectacle après le Théâtre du Nord-Ouest. Serez-vous toujours Jeanne?
Odila Caminos : Oui, bien sûr.
Avez-vous également d'autres projets?
Odila Caminos : Je fais partie d'une autre compagnie avec laquelle je vais jouer "Britannicus" au Théâtre 14 dans le rôle d'Albine, la suivante d'Agrippine. Le théâtre en vers est pour moi une autre aventure. J'ai également plein de projets avec Marie-Véronique Raban parmi lesquels "Les femmes savantes" de Molière.
Quand vous m'avez donné rendez-vous vous disiez aller ensuite au théâtre. Qu'allez-vous voir?
Odila Caminos : Je devais aller voir "Eva Peron" de Copi mise en scène par Marcial di Fonzo Bo mais c'est complet ce soir. Et j'ai vu un film superbe "Le nouveau monde" de Terrence Malick qui raconte l'histoire des Indiens colonisés par les Anglais. Les indiens sont d'une naïveté, d'une bonté, et ils vivent en harmonie avec la nature jusqu'à l'arrivée des Anglais.
Quel est le personnage de femme que vous aimeriez jouer?
Odila Caminos : Il y a Elvire de Molière que j'ai commencé à travailler. Mais la femme qui m'a presque convaincue que je voulais être comédienne c'est "Marie Stuart" de Schiller que j'ai vue à Buenos Aires alors que j'avais 15 ans. Et c'est un des projets que nous avons en commun avec Marie-Véronique Raban. Elle serait une merveilleuse Elizabeth et nous cherchons un metteur en scène.