Pierre Santini est à l'affiche du Théâtre Mouffetard dans une pièce de Françoise Cadol "Rodin : Tout le temps que dure le jour" dans laquelle il interprète le rôle de Rodin

Les circonstances dans lesquelles vous avez donné votre accord pour cette pièce sont un peu particulières puisque la pièce n'était pas achevée mais à l'état d'ébauche. Quels sont les éléments qui vous ont séduit ?

Pierre Santini : Le début de la pièce qui commençait par un monologue de Rodin sur son travail, la beauté, le buste qu'il réalisait et une scène avec Marie cabanes. Françoise Cadol, que je connaissais comme comédienne et amie, m'avait indiqué qu'elle pensait que je pourrais me sentir bien dans le rôle de Rodin.

J'ai donc lu avec attention et intérêt les scènes qu'elles avaient écrit. Je lui ai demandé de me préciser le sujet qu'elle entendait traiter. Elle m'a dit que c'était à la fois les relations de Rodin et Rilke et celles avec cette femme entre eux deux. Elle m'a ensuite remis une seconde mouture plus avancée qui m'a amené à lui dire que je trouvais le rôle intéressant et qu'à terme, si l'écriture avançait dans le sens de ce que je venais de lire je lui donnerai mon accord pour jouer le rôle.

Ce n'est que dans un troisième temps que je lui ai donné mon accord pour une programmation au Théâtre Mouffetard et cela à la suite de plusieurs lectures à l'issue desquelles nous avions constaté que la pièce retenait favorablement l'attention du public.

Le fait que vous ayez lu la pièce au fur et à mesure de son écriture et donné votre sentiment à Françoise Cadol implique-t-il que d'une certaine manière vous avez participé à l'écriture?

Pierre Santini : Très honnêtement non. Françoise Cadol a écrit seule. Je ne suis pas intervenu dans le travail d'écriture. Je suis intervenu dans le choix de l'acteur qui joue le personnage de Rainer Maria Rilke et celui du metteur en scène. Ensuite, je pense que Françoise Cadol et Christophe Luthringer ont travaillé ensemble la dramaturgie de la pièce, celle-ci ayant sensiblement évolué après chaque lecture que nous avons fait, des lectures soit publiques soit privées. Car le metteur en scène relevait au cours de ces lectures les points forts et les points faibles de son travail. Pour le comédien, nous avons procédé par audition et nous avons eu la chance de rencontrer Steve Bedrossian qui est très bien dans le rôle de Rielke.

Pouvez-nous dire quelques mots sur le choix de Christophe Luthringer pour la mise en scène?

Pierre Santini : C'est Françoise Cadol qui me l'a suggéré. Mais j'avais entendu parler de lui dans les sphères de l'ADAMI qui avait soutenu un de ses projets. J'ai donc souhaité m'entretenir avec lui et le faire assister à une lecture de manière à savoir ce qu'il avait "dans le ventre". C'était aussi, de manière indirecte, une forme d'audition. J'ai parlé avec lui et je me suis rendu compte qu'il avait des idées justes et qu'il était enthousiaste sur le projet. J'ai donc accepté très rapidement qu'il assure la mise en scène sachant qu'il s'engageait de son côté à avoir une attitude très participative avec chacun de nous. Tout s'est mis en place assez rapidement et simplement.

J'ai été étonnée de la réponse de Christophe Luthringer quand il parlait de son travail de mise en scène et disait vouloir laisser vivre les personnages pour saisir leur humanité. Ce n'est pas un discours de metteur en scène avec des idées bien arrêtées.

Pierre Santini : Non, il parlait comme un jeune metteur en scène, un jeune artiste qui constate la chance qu'il a de découvrir ce texte et d'être associé à une mise en scène de théâtre je ne dirais pas plus professionnel mais avec plus de moyens que ceux dont il disposait auparavant et surtout un enjeu; Car il y a une commande de la ville de Meudon à l'origine de la pièce puis une saison à Paris qui, même au Mouffetard, a une importance.

Il disait notamment qu'il voulait vous laisser vivre dans vos rôles.

Pierre Santini : ?ce qu'il a fait d'ailleurs

Ce n'est pas une attitude très répandue, semble-t-il.

Pierre Santini : Cela dépend. Il existe quand même des metteurs en scène qui ne sont pas très directifs et qui savent corriger le tir délicatement.

Cela vous convient?

Pierre Santini : Personnellement, je préfère oui. Je n'aime pas les metteurs en scène qui me disent : "Tu avances le pied gauche sur tel mot. ". Je deviens rouge de colère.

Le rôle de Rodin est un peu mythique et il est connu du grand public notamment pour son caractère et ses relations tumultueuses avec Camille claudel. Dans cette pièce, il est montré d'une manière différente dans des relations atypiques avec un jeune poète.

Pierre Santini : Je n'ai pas vu le film avec Depardieu dans le rôle de Rodin ni vu aucun acteur jouer Rodin. Donc je n'ai aucune référence autres que les photos de Rodin, son oeuvre et ce que j'ai lu le concernant. A partir delà, il y a quelques incontournables comme le fait qu'il soit barbu, qu'il ait l'âge du rôle, il avait 65 ans, c'est à peu près l'âge que j'ai. A partir de là à chacun son Rodin

Il y a le Rodin de Françoise Cadol, il y a l'interprétation que j'en fais. Si un autre acteur prenait le même texte son interprétation serait peut être différente. Et puis il y a tout le travail qui s'élabore lors de la mise en scène, l'apport des comédiens, les corrections apportées par le metteur en scène.

Mon, travail ne consiste pas à donner une interprétation vériste de Rodin. A partir d'un texte, qui est un texte de fiction dramatique, une pièce de théâtre, à partir d'un personnage écrit qui n'est pas une image à 100% du vrai personnage, il s'agit d'interpréter des conflits, des rapports de force, des passions, des émotions telles qu'elles sont écrites par l'auteur et telles que je les ressens. A partir de là, j'ai fais "mon" Rodin. Si les gens trouvent ce Rodin émouvant, ils l'adopteront.

Il y aura toujours des gens pour dire que cela ne correspond pas à Rodin. Mais j'ai toujours rencontré ce type de dénigrement pour tous les rôles historiques que j'ai joués tels Louis XIV, Jaurès, Napoléon. Bien sûr que chacun a au fond de soi une représentation des personnages historiques. L'acteur donne son interprétation du personnage historique mais aussi du personnage théâtral. Car l'auteur a donné sa version de Rodin. Là encore, plusieurs auteurs auraient écrits plusieurs Rodin différents.

Le rôle de Rodin écrit par Françoise Cadol est un beau rôle puisqu'il vous permet d'explorer et d'interpréter tout une palette de sentiments.

Pierre Santini : Oui, c'est un très beau rôle.

Et dans un épisode particulier de la vie de Rodin qui est sa confrontation avec Rainer Maria Rilke.

Pierre Santini : Oui, et une confrontation violente puisque c'est le dernier jour de leur collaboration qui durait depuis 8 mois. Car la pièce se passe en un jour, presque en temps réel. Les mois qui ont précédé ont du être d'une coloration différente passant de la découverte, à la complicité à l'amitié, l'indispensabilité jusqu'à la rupture. Le jour de la rupture cette relation est détériorée.

Et ce qui s'est passé avant est plus raconté que montré mais deux acteurs peuvent, même sans avoir les mots pour le faire, évoquer un tissu de relations très complexes qui amènent à la rupture. La rupture n'est pas simplement : "Je te chasse, fous le qu'en !". C'est "Je t'aime, moi non plus", "Je te connais bien mais tu me la feras pas !" Mille choses que l'on peut amener dans le jeu.

A l'entrée du spectacle, est distribué un petit mini livre sur Rodin

Pierre Santini : C'est un cadeau de l'éditeur qui a édité la pièce. Et qui est distribué pendant les premières représentations.

Le spectacle donne également envie d'en savoir plus sur les relations de Rodin et Rielke et de lire les lettres qu'ils se sont échangées.

Pierre Santini : Elles sont effectivement magnifiques. Dont une notamment qui se trouve en face de l'escalier du théâtre, écrite par Rielke après avoir été chassé par Rodin.