Arnaud Dautzenberg est second prix d'interprétation du Conservatoire Royal de Liège. Il a joué Racine, Molière, Giraudoux, Sophocle sous la direction de J. Delcuvellerie, Henri Ronce et Pierre-Marie Carlier et mis en scène "Faire sans dire" de Musset au Théâtre du Nord-Ouest. Il a également tourné pour la télévision dans "Commissaire Cordier" pour TF1 et au cinéma dans "Vénus Beauté" de Tonie Marshal.
Il est actuellement à l'affiche de la pièce Mastication adaptée d'Oratio in progress de Patrick Kermann, programmée au Ciné Théâtre 13, mise en scène par Pierre-Marie Carlier.
Arnaud, votre réaction et votre sentiment sur " Mastication " ?
Arnaud Dautzenberg : Avec Pierre-Marie , il s'agit tout d'abord d'un travail très technique sur le texte, au mot près, à la syllabe près, il faut être juste. C'est très pointu. C'est un spectacle qui demande du rythme, énormément de concentration, surtout lorsque nous sommes en arrêt, (les acteurs sont statiques et ne jouent pas lorsque l'un d'entre-eux est sur le devant de la scène) il faut continuer à écouter les autres. Par rapport au thème, on ne savait pas du tout comment le public allait recevoir ce spectacle. Moi aussi j'aimerais être dans la salle.
On a essayé d'être fidèle au texte, à la façon dont Patrick Kermann aurait voulu que l'on monte sa pièce. C'est un peu frustrant pour nous comédiens. On imagine, que là, il va y avoir un petit rire, mais non. Et puis on questionne le public et les gens nous disent que là, non, ce n'est pas drôle. Ça nous renvoie à notre propre mort. Les gens se projettent un peu dans ce spectacle. Les spectateurs sont renvoyés eux-mêmes à ces questions. Mais il n'y a pas de pathos non plus. On n'est pas là dans la souffrance, hormis la scène du viol.
Quand même, il y a beaucoup de personnages dans la pièce où la souffrance est très vive ?
Arnaud Dautzenberg : La souffrance on la ressent surtout dans la première scène lorsque le nouvel arrivant n'a pas conscience qu'il est mort. Il est apeuré au début, et puis ensuite les personnages vivent leurs morts comme ils ont vécu leur vie. La preuve, ils ressassent sans arrêt. C'est un spectacle qui donne envie de vivre. Kermann a beaucoup écrit sur la mort. Il ne fait jamais de la mort une chose triste. Le metteur en scène lorsque nous répétions, nous disait: "Non, nous n'allons pas aller vers la tristesse". On parle de mort et on ne souffre pas. J'ai déjà joué dans des spectacles où on nous demandait de souffrir, c'est atroce, là on parle de mort mais non on ne souffre pas.
Lorsque l'on est dans la salle, il y a une récurrence, une permanence, et un effet de ressassement qui fait que l'on a le sentiment que l'on est mort pour rien ? Le non-dit est très subtilement mis en avant par Kermann, et selon lui il semble que la mort ne résolve rien ?
Arnaud Dautzenberg : Oui, c'est la vision de Kermann, c'est opposé à ma vision personnelle de la mort. La mort c'est la vie. Après la mort, j'ai une autre vision qui est conforme à l'idée chrétienne de survie heureuse. Kermann voulait laisser le choix, mais à mon sens, il ne laisse pas le choix. Sa vision est faite de douleurs, de craintes, de certaines joies. Kermann pose les questions mais ne les résout pas.
Mais justement, le message de Kermann, n'est-il pas de nous ramener au vivant, sa pièce ne serait-elle pas une métaphore de ce qu'est le vivant ? L'auteur ne nous renvoie-t-il pas à notre responsabilité de vivants ? Il ne pose pas vraiment la question de savoir ce qui se passe dans l'au-delà ?
Arnaud Dautzenberg : Je ne suis pas totalement convaincu de cette vision. La vie est suffisamment courte. Il faut bien entendu tout faire pour essayer de résoudre tous les conflits, pour soi et pour les autres. C'est d'ailleurs dans la pièce davantage pour soi. Dans la pièce chaque personnage est préoccupé de lui-même. C'est comme cela que je le ressens. Mais le message c'est aussi: faisons tout pour avoir une vie sereine. Bien sûr, il est possible d'agir autour de nous, mais Kermann insiste, il me semble, sur le côté individuel des personnages
Ce n'est pas une pièce sur la psychologie des personnages, on est dans l'irréparable.
Arnaud Dautzenberg : Nous on le prend avec distance mais il arrive que je fasse des rêves sur ce thème. Ce qui est curieux dans ce spectacle, c'est que cela éveille la conscience. Je vois la vie un peu différemment depuis le spectacle. Il en est de même de ma vision des gens. C'est même curieux. Je suis allé à un enterrement il n'y a pas longtemps, cela m'a replongé en plein dans cette pièce. C'est très particulier.