Hugo Race est une de ces étoiles incandescentes méconnues de la constellation Bad Seeds.
Cet australien co-auteur du mythe fondateur du groupe – l'apocalypse de "From her to eternity" – oeuvra quelques mois avec Nick Cave avant de jeter l'éponge à cause de la tension négative et de la confusion qui régnaient alors entre Barry Adamson, Mick Harvey, Blixa Bargeld et lui-même. Hugo Race dira plus tard que ces mois passés à Berlin avec ces échappés de l'enfer l'ont épuisé.
Quelques temps plus tard, il fonde son propre groupe, le True Spirit, et, s'il reste quasiment inconnu en France, Hugo Race est une légende underground en Belgique et surtout en Allemagne où il tourne régulièrement.
L'œuvre maîtresse d'Hugo Race et du True Spirit est Valley Of Light. Sorti en 1996, cet album est un fantastique cross-over de blues, de folk sale, de rock et d'industriel. Le True Spirit est alors au sommet de son art, conjugué en parfaite harmonie, et atteint une intensité rare en live. Pour les avoir vus à cette époque, le groupe alors composé de six personnes dégageait une énergie brute que les Bad Seeds de Nick Cave avaient perdue depuis longtemps.
Valley Of Light marque aussi un point d'arrêt au True Spirit, Hugo Race tourne en solo ou en trio (et en rond) et lorsque la compilation Long Time Ago sort à l'aube du XXIème siècle, composée de vieux titres à peine remixés, les fans craignent que le groupe soit enterré puisqu' elle est sous-titrée The life and times of Hugo Race + True Spirit.
Pourtant le groupe est rebooté en 2003 sur les Goldstreet sessions. Avec ce disque de retrouvailles, on retrouve l'atmosphère du True Spirit mais il est peu convaincant. Trois ans plus tard, il en est tout autre de ce Taoist Priest où l'esprit est effectivement de retour.
Sur le premier morceau, on pense que les dés sont jetés : Hugo Race et le True Spirit sont décidés à nous emmener dans un pays imaginaire où l'on sent des dangers cachés. Hugo Race traîne sa voix de shaman sur des volutes de guitares tordues qui est rejointe par une basse profonde, lancinante, et une rythmique cuivrée et lente. "Ready to go" confirme cette impression : le groove crasseux du True Spirit serait-il de retour ?
Non : "I know you" change la donne.
Hugo Race rehausse sa voix, pose ses décors en douceur, construit des soundscapes d'où s'échappent des mélodies douces de guitares, piano et trompettes ("I know you", "Beyond Babylon" sur lequel Hugo chante en duo avec son épouse), "Bright Side" a des faux airs de Tindersticks (Hugo Race a tourné avec le groupe en 1996-1997).
Si le son du groupe a perdu de la poussière qu'il traînait derrière lui, il conserve son côté spirituel. On peut s'interroger sur la nature de cet esprit car, bizarrement, passé le cinquième titre, les morceaux puent carrément l'herbe : que ce soit "Unknown 04" mal tracklisté, "Cold Mother", les planants "Don't mess around" et "Daytura" qui s'étale sur le six minutes trente ou ce bonus étrange, on a l'impression que le groupe est en lévitation.
Donc c'est sûr, cette fois l'esprit est effectivement de retour.
Et il est apaisé.
