Le Grand Monde est sûrement l’un des livres le plus attendu de cette rentrée littéraire. Après sa formidable trilogie, et un changement d’éditeur, Pierre Lemaitre revient avec un nouveau projet, toujours une trilogie qui nous entraîne dans différents pays autour de l’histoire d’une famille fictive, les Pelletier.

Cette nouvelle saga début à la fin des années 40 et nous embarque entre Beyrouth, Paris et Saigon. Cette famille Pelletier est à la tête d’une fabrique de savon au Liban. Louis et Angèle ont quatre enfants, trois fils et une fille dont on va suivre l’histoire et le destin. Eux qui pouvaient prétendre à une vie facile et confortable en reprenant l’activité de leurs parents vont connaître une destinée mouvementée à Paris pour certains, à Saigon pour d’autre. Des vies faites de surprises, de moments heureux et d’autres moins que Pierre Lemaitre va nous raconter avec tout le talent romanesque qu’on lui connaît.

Evidemment, on connaît maintenant Pierre Lemaitre et l’on sait qu’il aime donner une dimension historique à ses romans et ses sagas. Quand sa dernière trilogie portait sur la fin de la Première Guerre mondiale, les années 30 pour s’achever en 1940, sa nouvelle saga nous embarque au cœur de la guerre d’Indochine, en plein pendant les Trente glorieuses. Car oui l’époque du livre est aussi marquée par des réalités économiques et sociales bien particulières. D’autant plus que l’ouvrage débute en 1948, au début des trente glorieuses lorsque la France est encore très sujette aux pénuries et autres petits trafics d’après-guerre. La reconstruction s’amorce et la France s’engage déjà dans une nouvelle guerre en Indochine.

C’est donc bien une époque qu’il nous raconte, portée par ces quatre personnages aux métiers et à la vie bien différente. Une époque riche en évènement qui explique la densité de l’ouvrage qui ne manque pas de surprises et d’émotions. Des émotions et des surprises venant des personnages attachants de cette famille que l’auteur prend soin de nous décrire aussi dans leurs moments les moins flatteurs.

Une fois encore, on retrouve l’élégante écriture de l’auteur, sa capacité à nous dépeindre l’ambiance des lieux qu’il nous raconte, la Paris des trente Glorieuse, la ferveur de Saigon et la douceur de vivre de Beyrouth qui s’y oppose. L’auteur nous raconte aussi le fonctionnement de la presse, la guerre d’Indochine, les violences policières, les manipulations politiques, les défauts du capitalisme.

Des surprises (oh que oui il y en a), du suspense (on n’oublie pas que l’auteur a commencé dans le polar) mais aussi un chat qui traverse tout le livre, des aventures incroyables, des destins passionnants aussi, voilà ce que nous propose Pierre Lemaitre avec ce nouvel ouvrage qui se dévore comme ses précédents.

Le Grand Monde, qui porte bien son nom, est un ouvrage essentiel, une lecture indispensable qui ne décevra pas les fidèles de Pierre Lemaitre. On attend maintenant le deuxième tome avec impatience qui devrait nous réserver encore de belles surprises et nous procurer un bon moment de lecture comme cela l’a été avec cet ouvrage.