Tout avait commencé avec From a distant shore, un appel à l'aide dans la mer déchaînée, un SOS rescue pour sauver les survivants grâce à la voix de baryton de Robert Fisher.

Let it roll, le sixième album, devait être prêt à quitter le port, et peut être croiser les ombres ; celles de Tom Waits et des songwriters pirates naviguant en eaux troubles.

Vu de loin, on aurait pu penser à Nick Cave et ses Bad Seeds, tant l'orchestration sentait bon le soufre, la luxure, la rage et les harmonies. Un bordel foutrement bien orchestré par Robert Fisher, maître à penser de son équipage. Un frêle esquif prêt à rompre à tout moment, borderline et résolument rock ("Let it roll" et ses violons sauvages) en dépit de ses influences country-blues.

La tension qui redescend sur le faiblard "Dance with me", pour repartir de plus belle sur "Crush" et le chant désabusé de Fisher. Un cri dans l'espace sans fin, sans but ni objectif, si ce n'est toucher l'auditeur par la moiteur de ses mélodies si américaines.

Fin de soirée et trottoir pluvieux, "Skeleton" amorce les ballades chiantes pour certains (peu de ruptures dans la construction des morceaux) mais si envoûtantes pour d'autres, par le réalisme et la gravité de la voix de Fisher. Très Dandy Warhols dans le style, "Breach" et sa basse virevoltante mettront sans doute tout le monde d'accord sur la qualité de composition de ce sixième album, tout en rock et guitares.

Oui mais le monde il vient de là il vient du blues, comme disait Smet, de la souffrance et des maux. Et à ce petit jeu, Willard Grant Conspiracy tire bien son épingle, trouvant sa place grâce à des chansons intemporelles et indémodables ("Lady of the snowline")

Comme Dylan peut être. Fisher se fend d'une reprise de "Ballad of a thin man", lugubre et morbide. Chanson d'enterrement pour gens à l'horizontal. Une façon de fermer la parenthèse avec un orchestre soudé au chalumeau. Du haut de ses 120 kilos bien portés, Rober Fisher vole au dessus de la mêlée, s'envole sur des terres où la hype et la tendance seraient bannis. Les ombres de Skip James et Johnny Cash y planeraient en âmes bienveillantes et le monde serait bien ainsi.

En attendant des jours meilleurs, déprimons en silence sur Let it roll, un album heureux dans la tourmente.