Dans le cadre de ses Soirées "Découverte Théâtrale" qui se déroulent au Studio Raspail, Xavier Jaillard propose des rencontres-interviews avec des comédiens et des metteurs en scène.

Aujourd'hui, il reçoit Jean-Claude Dreyfus, à l'affiche de la pièce "Pour ceux qui restent" de Pascal Elbé mise en scène par Charles Berling qui se joue à la Gaité Montparnasse.

Une interview bon enfant avec un grand comédien attachant, plein d'humour et de lucidité sur son métier.

Xavier Jaillard : Nous sommes très heureux de te recevoir aujourd'hui pour cette Soirée découverte théâtrale et comme il est d'usage, j'ai été recherché quelques éléments de ta biographie. D'abord as-tu 26 ou 29 ans ?

Jean-Claude Dreyfus : J'ai toujours 36 ans !

Xavier Jaillard : Allez peu importe l'âge car en fait on n'a que l'âge de nos artères et de ce qu'on a mis dedans ! A la lecture de tout ce que tu as fait au cinéma et au théâtre, j'ai envie de poser la question suivante : Est- ce que tu dors parfois ? J'ai rempli 5 fiches !

Jean-Claude Dreyfus : Seulement ?

Xavier Jaillard : Oui, parce que le reste était mauvais !

Jean-Claude Dreyfus : Il est vrai que tout n'est pas à dire ! Je continue de travailler pour ne pas me rouiller et pour ma postérité. Parce que quand Jean-Louis Barrault est mort, on a dit de lui que c'était le Baptiste des Enfants du Paradis et le mari de Madeleine Renaud. C'est très réducteur et j'ai donc peur de cela.

Xavier Jaillard : Tu travailles beaucoup car tu as tourné 100 films, avec des petits noms du cinéma, Granier-Deferre, Boisset, Audiard, Lelouch, Jean Jacques Annaud, Caro et Jeunet. D'ailleurs Delicatessen a été une explosion ?

Jean-Claude Dreyfus : C'est un très grand film, un chef d'?uvre dont le public a fait un film culte. Il est vrai que ce film a constitué une belle ouverture pour moi pour le cinéma. Ca m'a permis de tourner avec Rohmer qui ne m'aurait peut être pas retenu en ne me connaissant qu'à travers la publicité. J 'ai aussi fait des films médiocres car il faut vivre aussi. Cela étant tout est une question de choix. Et j'ai envie de travailler avec de jeunes réalisateurs. Ce qui m'arrive quand je fais des courts métrages.

Xavier Jaillard : Tu as joué aussi dans 45 pièces de théâtre. Et tout le monde connaît ta magnifique collection de cochons.

Jean-Claude Dreyfus : Oui et j'ai d'ailleurs sorti un livre sur les cochons qui s'appelle "Du cochon considéré comme un des beaux arts" qui est sorti pendant le salon de l'agriculture. C'est un très joli cadeau pour les fêtes (rires). C'est une petite anthologie sur le cochon avec pas mal de choses inédites , des textes de grands auteurs, les photos des plus belles pièces de ma collection et 3-4 photos de moi mémorables.

Xavier Jaillard : Il y a aussi pal mal de guest stars dans les grandes séries télévisées. On passera rapidement sur la publicité?

Jean-Claude Dreyfus : ?ça a quand même pris 16 ans de ma vie ! Mais pour répondre à ta question précédente, rassures-toi je dors quand même . Parfois je m'assoupis sur la chaise ! (rires)

Xavier Jaillard : Revenons au théâtre et parlons un peu du fait que tu ne calcules pas ta carrière et que tu prends des risques.

Jean-Claude Dreyfus : Je n'ai pas le sentiment de prendre vraiment des risques. Le risque c'est de ne pas gagner beaucoup d'argent et ne pas pouvoir payer ma facture d'électricité. Mais on rencontre aussi beaucoup de gens et de plaisir. C'est ainsi que j'ai découvert et monté le texte "Sauvage d'esprit" de Fabrice Carlier avec qui j'ai joué ensuite un spectacle "Rictus" à la Maison de la Poésie.

Mais tout ça reste que du théâtre. Le principal est de faire uniquement les choses que l'on a envie de faire. C'est le plus grand bonheur et la plus grande joie. L'intérêt est de faire et de jouer de belles choses.

Xavier Jaillard : Mais cela ne fait pas forcément progresser la notoriété de l'acteur.

Jean-Claude Dreyfus : Si, il s'agit d'une notoriété de qualité.

Xavier Jaillard : Ton actualité c'est "Pour ceux qui restent" une pièce de Pascal Elbé mise en scène par Charles Berling qui se joue actuellement à la Gaité Montparnasse.

Jean-Claude Dreyfus : Oui, il s'agit d'une pièce qui retrace une soirée entre amis qui se retrouvent dans l'appartement de leur ami dont ils viennent d'assister aux funérailles et ils y trouvent un zigoto, que je joue, un cambrioleur, qui va se trouver associé à leurs histoires.

Il s'agit d'une belle situation et d'une pièce efficace. Nous avons beaucoup travaillé avec Charles Berling qui revient d'ailleurs régulièrement pour recadrer éventuellement les choses. C'est une pièce drôle. Ce n'est pas du Shakespeare mais c'est bien ficelé. Et c'est traité un peu selon un procédé d'hystérie.

C'est ce qu'a souhaité Charles Berling. Ca demande beaucoup d'énergie et il est vrai que cela peut parfois paraître un peu surjoué mais c'est un parti pris de mise en scène.

Xavier Jaillard : Je propose donc à chacun d'en juger par soi-même en allant voir la pièce !