Pièce de et par Saida Churchill

Un directeur de théâtre qui me voulait du bien, m'a dit en aparté : "Vous savez, en ce moment, ce sont les spectacles légers qui marchent, les comédies musicales, les pièces familiales. ", écrit Saïda Churchill. Pourtant avec son spectacle intitulé Sujet : Chomsky, la comédienne signe une pièce engagée, qui malgré son humour et son esprit "endiablé" est bien loin d'être léger.

L'histoire est simple : Léna s'est fait prêté un appartement (front de Seine !) pour quelque temps. Temps durant lequel elle espère avancer sur sa thèse… Intellectuelle, ancrée dans ses convictions de militante ("Je suis une anarchiste ! "), Léna revendique son droit à penser. Colère contre son directeur de thèse ("Ce crétin qui n'en est pas un"), colère contre les médias, colère contre ceux qui n'agissent pas.

Pourtant la réalité est loin d'être évidente… Léna sait la difficulté à rester intègre, la difficulté à ne pas être lâche. Et voici justement tout l'intérêt de ce spectacle doux-amer : les accusations fusent, cinglantes ; contre le Capitalisme, contre l'Amérique ("qui n'est pas un endroit"), contre les "crétins" (Faugiel, Dieudonné, Zidane et tutti quanti…) ; mais l'autodérision est là.

Qui est Léna ? Une étudiante devant l'éternel ? Une pseudo militante arrogante ? Un être qui se sent seul ? ("Être ou ne pas être ? Agir ou ne pas agir ? ") À l'image de ce poisson rouge avec qui elle "partage" l'appartement, Léna tourne en rond dans son bocal.

Sujet : Chomsky ? La thèse de Léna est finalement un bon prétexte pour larguer quelques "vérités" sur son passage. Faire des compromis ? Léna ne veut pas.

Sincère, Saïda Churchill semble toutefois s'être un peu faite débordée par son "sujet". En voulant tout traiter ("Démocratie", "Racisme", "Polpot", "Génocides", "Médias français"…), la comédienne ne parvient pas à nous toucher autant qu'elle le pourrait. Mais, ne soyons pas trop injuste : la démarche est belle, courageuse. Et la prestation tant par l'écriture que par le jeu ne semble vouée qu'à s'améliorer.

Le plus simple n'est-il pas de vous faire une opinion personnelle ?

Retenons donc, ces phrases simples et tellement drôles : "Moi je suis une intégriste, mais non pratiquante. "; "Comme idée qui choque pas en 2005, y'a plus que les recettes de cuisine." Et cette judicieuse idée de mise en scène : des personnages en voix off qui permettent d'intégrer des dialogues. Saluons également au passage la participation de Romain Bouteille (complice et compagnon de Saïda). Les amateurs se régaleront.