Rencontre avec Raul, le chanteur très extraverti du groupe espagnol Tokyo Sex Destruction lors de leur passage en France pour un concert au Nouveau Casino
Salut Raùl, parle moi de votre nouvel album "5th Avenue South"…
Raul : Je ne suis pas très doué pour ça… L'album est déjà assez vieux, il est sorti en juin et nous sommes déjà en octobre. On a commencé à travailler sur cet album en décembre, juste après avoir présenté « Black noise is a new sound » que l'on a enregistré en avril. On rentrait d'une tournée aux Etats Unis, et de ce fait on l'a conçu d'une manière assez urgente… (le serveur nous interromps, Raul ne prend rien donc le serveur lui offre, pour rire, une claque). Il m'a offert une claque cet enculé (rires) ? Bref, on a eu une seule semaine pour enregistrer "Black noise…". Vers la fin de la tournée française, nous étions assez fatigués, donc on s'est posés pour écrire le nouveau disque. Nous avons travaillé pendant deux mois sur celui-ci. On a eu plus de temps pour le penser, et donc il peut sembler plus mûre.
Il semble plus varié.
Raul : C'est ce que je te disais. C'est le produit de longue tournée, de jouer sans cesse et de l'influence qu'on des groupes avec qui l'on tourne. On a amassé des influences en chemin.
Les albums précédents semblent plus immédiats, plus violents.
Raul : Peut être que celui là semble moins rentre dedans que les autres, puisque l'on a intégré d'autres instruments et que ça dépasse simplement nous 4 en train de jouer. Il peut sembler plus différent, mais ça reste ce que l'on aime faire et ce que l'on aime entendre.
Vous êtes réputés pour être un groupe engagé…
Raul : (il coupe) A bon ? Ca veut dire quoi "engagé" ?
...bon, il y a la comparaison avec MC5 (mythique groupe militant des années 60) qui est inévitable.
Raul : Quand on a formé le groupe, les comparaisons ont commencé à surgir. Nous ne sommes pas là pour dicter aux gens leurs conduites ou ce qu'ils doivent faire. J'écris sur ce qui m'entoure, sur ce qui m'est arrivé. Ca n'est pas vraiment de la politique, je ne prétends pas être politique ni vouloir convaincre les gens. J'aimerai pourtant que les gens aient le reflex de penser par eux-mêmes, c'est tout.
Penses-tu que votre musique peut avoir un impact sur les gens ?
Raul : Oui, bien sûr. Mais le concept que j'ai de la musique, est plutôt…organique. C'est comme respirer, je trouve que c'est quelque chose de libérateur pour les gens : la musique libère les gens. Le groupe est notre moyen de faire passer un message aux gens, le groupe est secondaire. Les noirs en Amérique, comprennent (le courant soul en particulier) la musique comme une cérémonie qui permet de transmettre des sentiments. C'est comme un show, car il y a une partie d'expression corporelle. Le concept qu'ont les Américains de la musique, c'est le fait que ça soit surtout un "show". Les anglais eux, c'est plutôt jouer comme ils ont enregistré. Les américains voient la musique comme une cérémonie, un rituel. C'est une façon unique d'appréhender la musique, c'est une vision que j'apprécie beaucoup.
C'est donc juste de dire que vous êtes le plus américain de tous les groupes espagnols ? Votre culture musicale est-elle pour autant principalement US ?
Raul : La plupart de nos influences le sont. La musique des années 60.le garage, la psychodelia, la soul, la scène de Detroit... Nos influences anglaises sont plutôt The Who,The Kinks, Small Faces… On vient d'un petit bled près de Barcelone, et ce qui est incroyable, c'est que chaque petit village a son style. Le village dans lequel on enregistre, est plutôt hardcore, chez nous, on écoute surtout le rock des années 60.
Les Sunday Drivers par exemple ? (groupe espagnol banal, qui réussit dans la scène de l'oubliable)
Raul : Je n'ai pas écouté l'album, mais j'ai entendu parler d'eux. Ce groupe est de Madrid. Tout le business est à Madrid, la musique est complètement centralisée. Nous, on est un peu des "outsiders" du fait d'habiter vers Barcelone. C'est plus facile pour nous de jouer en France qu'en Galice par exemple.
Comment juge-tu votre parcours et votre évolution depuis "Alcoholic holidays" ?
Raul : (rires) C'est pas un album ça ! D'où avez vous choppé ça ?
On a vu ça sur votre site. C'est considéré comme votre 1 er enregistrement, non ?
Raul : Ce sont juste des chansons que l'on a enregistrées pour un festival, mais passons. Puisque nous sommes des punks de coeur, notre évolution ce limite au nombre d'accords qu'on apprend au fur et à mesure des albums (rires).
Vous avez tourné avec les mythiques MC5. Qu'est ce que ça fait de tourner avec ces idoles ?
Raul : On les connaissait depuis notre tournée aux Etats Unis, ils se sont présentés pour un concert là bas. Une fois en Europe, ils nous ont demandé de jouer avec eux. C'était plutôt une relation d'amitié, mais d'amitié avec des sortes de mentors. D'ailleurs c'est Angela Davies, la femme du bassiste, qui va nous amener aux USA la prochaine fois. On a même connut John Sinclair (manager mythique des MC5) avant le groupe. (Pour petite info, tous les membres de Tokyo Sex, ont pris le pseudo de J.Sinclair dans le groupe…)
Peut-on considérer ça comme une sorte d'aboutissement personnel ?
Raul : Oui, mais dès qu'on a formé le groupe, nous n'avons jamais pensé au futur. Nous pensons au présent, peu à peu. Se fixer des buts, ça peut être limitant, puisque ça nous met une pression supplémentaire. Ce que l'on veut faire, c'est jouer et basta.
Faire danser les gens ?
Raul : Oui tout a fait. D'ailleurs si le public veut monter sur scène pour danser, jouer avec nous, c'est parfait, on adore ça.
Tel les (International) Noise Conspiracy, et leur programme politique : faire danser les gens avant tout ?
Raul : Plus ou moins. D'une part, comme je te l'ai dit, le plus important pour nous ce sont les gens. Le but est de faire un spectacle pour eux. D'autre part, je vois aussi ce que tu veux dire : j'ai l'impression que dans les grandes villes les gens sont plus préoccupé sur la personne à côté et ce qu'elle porte, que sur ce qui se passe sur scène. Histoire de représenter quelque chose, on est dans une époque très "fashion"…