Au coeur de Ménilmontant, le Vingtième théâtre, niché depuis 10 ans rue des Platrières dans l'ancien Théâtre des Amandiers, est un théâtre municipal qui propose une programmation très éclectique pour tous les publics.
Nous avons rencontré son directeur, Pascal Martinet, qui a accepté de parler d'un théâtre qu'il ne considère pas comme "son" théâtre. En jeans et santiags, il nous a reçu dans le bureau qu'il partage avec ses collaborateurs. Pas de dorures, pas de lustres en cristal ni de canapé en velours rouge. Juste l'essentiel pour travailler par amour du théâtre et au service du public.
Quelles sont vos contraintes de directeur de théâtre municipal ?
Pascal Martinet : Le choix il y a 4 ans a été d'ouvrir le plus possible le théâtre avec le double horaire ce qui présente des avantages et des inconvénients. Inconvénients pour les décors mais avantage avec la multiplication du nombre de spectacles et donc des spectateurs avec des spectacles très différents. Tous les jours du mercredi au dimanche, 2 spectacles.
A 19h30, un spectacle plus récréatif avec cette saison "Delirium très sax » avec les désaxés" l'année dernière "Duel" et à 20h30, des spectacles plus difficiles d'accès ce qui permet un bon équilibre. Tous les lundis, de la chanson française et les mardis un concert. Ensuite, nous avons environ 70 représentations de spectales jeune public tous domaines et 5 spectacles pour les matinées du jeudi pour les scolaires. Nous essayons donc de toucher tous les publics depuis les enfants jusqu'au public traditionnel des théâtres.
Je suppose que vous êtes submergé de propositions. Comment s'effectue le tri et le choix dans tous les projets qui vous sont soumis ?
Pascal Martinet : Nous avons toujours un programme musical en novembre-décembre et au moment des fêtes. Et puis un classique bien sûr mais que nous plaçons en fin de saison en mai juin quand il n'y en a plus à l'affiche à Paris. En suite ce sont des spectacles de création d'auteurs contemporain français et étrangers vivants qui représentent 95% de la programmation. Celle-ci est établie par moi, qui suis un ancien technicien de théâtre, et mon collaborateur, Marc Goldberg qui est metteur en scène et administrateur. Je précise que ce théâtre n'est pas un appartement mais un outil de tarvail.
Le premier tri est opéré en éliminant les spectacles qui ne sont pas adaptés à la salle comme les spectacles à 1 ou 2 comédiens du fait de la taille du plateau ou les reprises. Ensuite, nous organisons tous les vendredis à 15 heures des lectures et des mises en espace quand le projet est plus avancé ce qui nous permet d'avoir une idée plus précise du spectacle. Nous avons des impératifs en termes de décors du fait de la double programmation et d'horaires puisque le spectacle ne doit pas dépasser 1h15 pour le premier spectacle.
Pour le public traditionnel, quelle est la typologie de votre public ?
Pascal Martinet : A 50% nous touchons le grand Est parisien c'est-à-dire tous les arrondissements de l'Est de Paris et les communes avoisinantes avec une grande fidélisation. Les spectateurs viennent voir en moyenne 5 spectacles. Depuis septembre nous avons créé l'Association du 20 ème qui délivre une carte et nous permet d'être encore plus proches du public. De plus, nous souhaitons les inciter à venir aux lectures pour avoir leur avis car c'est un théâtre municipal. C'est leur argent, le votre, le notre qui fait fonctionner ce théâtre donc il est logique que le public puisse s'exprimer.
L'aspect financier est toujours un sujet douloureux pour les directeurs de théâtre. En est-il de même pour vous ?
Pascal Martinet : Oui. Nous sommes le théâtre d'arrondissement le moins subventionné de Paris ce qui nous pose des problèmes notamment sur les jeunes compagnies car nous ne pouvons absolument pas les aider en termes de publicité et de communication. On apporte le théâtre en ordre de marche avec 11 salariés mais pas la communication. Et c'est souvent là que ça pêche comme par exemple pour le superbe spectacle "L'envol" de Carlotta Clerici de la saison passée à qui il manquait 10 000 € pour ce poste.
Depuis que vous avez pris la direction de ce théâtre il y a 4 ans quelles sont les difficultés récurrentes que vous n'arrivez pas à éradiquer et y a-t-il de nouvelles difficultés qui sont apparues ?
Pascal Martinet : La principale difficulté est celle que je viens de vous indiquer : la communication. La seconde tient à la difficulté d'amortissement sur un théâtre de 250 places un spectacle avec une tête d'affiche sur 40 représentations qui est notre programmation moyenne. Nous avons fixé cette durée pour que le spectacle puisse ensuit être repris ailleurs, le Vingtième théâtre étant une sorte de plate forme de lancement. C'est la raison pour laquelle nous multiplions le nombre de spectacles.
Vous est-il arrivé de regretter un spectacle ?
Pascal Martinet : La première rencontre est celle d'un texte et d'une salle. Il m'est souvent arrivé de voir des pièces dans d'autres théâtres qui auraient été formidables au Vingtième. De même de voir que le spectacle créé au Vingtième aurait été mieux servi par une salle plus petite. Avec une programmation plus longue, le bouche à oreille peut fonctionner. La 2 ème rencontre entre des gens, ceux du théâtre, les comédiens et les producteurs. La 3 ème et la plus belle est la rencontre avec le public.
Travaillez-vous comme les grands couturiers avec une ou 2 saisons d'avance ?
Pascal Martinet : Nous travaillons sur la saison prochaine avec déjà un choix d'une vingtaine de pièces qui vont passer au stade de la lecture. Ensuite nous analysons comment financièrement le spectacle peut être monté puisqu'ici nous nous adressons à des comédiens professionnels qui sont tous payés. Le coût moyen d'un spectacle au Vingtième Théâtre pour 40 représentations est de 120-150 000 €. Ce qui n'est pas rien. Il faut donc une production qui ait les moyens. Ainsi cette après-midi j'ai refusé un spectacle intéressant avec 11 comédiens car c'est impossible de le monter professionnellement dans les conditions de fonctionnement de ce théâtre.
Vous travaillez en co-réalisation ?
Pascal Martinet : Oui toujours selon la répartition 60 pour la compagnie et 40 pour le théâtre.
Arrivez-vous globalement à équilibrer vos comptes ?
Pascal Martinet : C'est très dur. La saison passée nous avons reçu 52 000 spectateurs ce qui est énorme pour un théâtre de quartier. La subvention est de 280 000 €. Donc c'est très difficile et il faut qu'impérativement un des 2 spectacles du soir marche très bien.
Vous est-il arrivé d'arrêter un spectacle qui était un gouffre financier ?
Pascal Martinet : Non. Nous allons jusqu'au bout de la programmation prévue. En ce moment, par exemple, nous avons un spectacle de Dubillard "Métastases et métamorphoses" qui est très difficile mais il ira jusqu'à son terme.
Marc Goldberg : Car nous ne fonctionnons pas suivant la logique d'un théâtre privé. Nous avons avec la compagnie des engagements réciproques.
Pascal Martinet : Et pourtant c'est un très bon projet. Nous avions d'ailleurs organisé une lecture des textes érotiques de Dubillard avec Michael Lonsdale. Mais peut être pas dans l'air du temps. Et puis il y a eu le cycle Dubillard la saison dernière au Théâtre du Rond Point. C'est aussi la difficulté du Vingtième Théâtre que de sortir une plaquette fin juin pour toute la saison qui suit sans connaître les programmations des autres théâtres. Par exemple sur Ibsen avec "La maison de poupée", nous avons eu la chance qu'il n'y ait pas eu d'Ibsen monté depuis très longtemps sur Paris et ça a bien marché. Et ensuite Ibsen a été monté à plusieurs reprises.
Vous n'abordez par ce point lors des réunions des directeurs de théâtre ?
Pascal Martinet : Ce sont des réunions informelles qui n'abordent pas toujours ce point.
Vous êtes également le directeur du Théâtre Clavel. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Pascal Martinet : Oui. Ce théâtre s'adresse à de très petites compagnies qui jouent dans de petites formes. La programmation, qui dure 4-5 mois, est assurée par mon adjoint Sébastien Pimont.
