Quoi de plus décevant qu'une rock & roll star sur le retour, dégarnie, peau usée, yeux flétrie et compositions ridées, qui, de surcroît, vous affirme qu'on a rien fait de mieux depuis les Rolling Stones?

Du Clapton barbouillé, du Who ankylosé jusqu'à l'os, du Jimmy Page aussi groovy que la grand-mère du dessus…Le temps hélas ne pardonne rien.

Sir Paul, lui, a 63 ans. Et encore tout ses cheveux. Le sexagénaire n'a donc pas d'âge. Des idées plein les yeux et des images plein la tête, Macca revient comme s'il n'était jamais vraiment parti avec un vingtième album studio, Chaos and Creation in the backyard, du meilleur effet.

Si les effets d'annonce se ressemblent hélas à chaque sortie du nouveau Mc Cartney ("Bon il va encore nous la jouer crooner romantique genre piano bar, de toute manière c'est Lennon le rebelle de la bande…"), il va sans dire que l'actualité du ¼ de Beatles est aujourd'hui passionnante. Délaissant les requins de studios et la bande de teenagers aux dents longues qui l'accompagnait sur Driving Rain, Paul revient à l'essentiel. L'oreille pas dans sa poche, Mc Cartney surprend, enfin, dans ses choix créatifs, et, roulement de tambours, choisit Nigel Godrich à la production.

Nigel Godrich, plus qu'un producteur, véritable artisan du son (et accessoirement producteur du mythique Ok Computer), s'avérait donc le compagnon de route idéal pour le grand-père à la tête de poupon anglo-saxon. Bousculer les idées, culbuter les mélodies et encore se renouveler après 40 ans au compteur. La mécanique Mc Cartney semblait donc prête à chauffer à plein régime…

Et si l'auditeur s'attendait à un retour en fanfare, il faut bien avouer que Paul s'avère être l'homme orchestre "at the right place in the right time". Chaos and Creation in the backyard s'annonce comme le terrain de jeu de toutes les envies. Et tant pis si le premier titre, "Fine Line", ressemble à s'y méprendre à une resucée d'un "Lady Madonna" avec son piano à triades…

L'impression de retrouver le Paul des 60' ne fait aucun doute. Pas ridée pour deux pence, la musique de Mc Cartney bénéficie en 2005 d'une cure de jouvence audible dès le deuxième titre, "How kind of you", laconique à souhait, sensible comme pas deux. Si le travail de production de M. Godrich se fait entendre, c'est avant tout pour servir l'inspiration retrouvée. Jenny Wren et ses arpèges à la Julia, dans le plus pur style du White album y laisse entendre une musique intemporelle, et l'auditeur se rassure.

Dans la plus pure tradition, le Paul distille les ballades dispensables ("At the Mercy") pour les fleurs bleues, et les chansons essentielles pour les plus sauvages ("Friends to go" et son l'alternance mode majeur /mode mineur). La recette est connue. Et passé les sarcasmes du revival marketing, reste un album à la production léchée, tenant la longueur, où le Mc Cartney se pousse dans ses derniers retranchements pour assurer lui-même parties de batteries, pianos, guitares et basse ("Too much rain").

Comme tout anglais qui se respecte, Mc Cartney choisit les chemins parallèles, les voies détournées et les contresens. Pas de rock à attendre à ce stade de l'album, Chaos and Creation in the backyard s'avère être comme disent les "littérateurs" l'album de la maturité. Celui qui ne prendra pas la poussière sur l'étagère. Et pourtant, quand tant d'autres s'essoufflent, le grand Paul parvient encore à faire swinger sur "Promise to you girl" (avec comble de l'ironie ses chœurs très Beach Boys…).

Le temps d'une étincelle, Mc Cartney fait donc oublier ses six décennies. Chaos and Creation in the backyard décevra inéluctablement les inconditionnels de Lennon, mais chante encore l'amour comme un jouvenceau et, qui sait, publie peut être son meilleur album depuis...Sticky Fingers !!!!