En exergue, Michka Assayas cite Cesare Pavese : "Ce qui sert le plus à la poésie, à la littérature de quelqu'un qui écrit, c'est cette partie de sa vie qui, quand il la vivait, lui semblait le plus loin de la littérature. Des journées, des habitudes, des événements qui non seulement parurent une perte de temps, mais un vice, un péché, un gouffre".

Veut-il expliquer sa démarche littéraire ? A supposer que Exhibition soit de la littérature, c'est ambitieux voire présomptueux . N'est pas écrivain qui écrit et les petites vies des petits personnages ne peuvent être transcendés par une prose journalistique. Quelques bons passages qui feraient de bonnes chroniques mais insuffisants pour constituer un roman.

Par ailleurs, une fois encore, les promesses de la quatrième de couverture qui annonçaient une diatribe féroce de l'exhibition médiatique dénoncée comme le mal contemporain ne sont pas tenues. Ce n'est que la partie congrue qui de surcroît ne dépasse pas le stade du poncif.

Michka Assayas nous raconte l'itinéraire, sans doute autobiographique, d'un enfant gâté des années 70, ex-étudiant en lettres, chroniqueur de musique rock qui oisif, qui vit de modestes rentes et accepte de pisser de l'encre pour un vague projet de support papier pour une radio musicale et est atteint de ce mal spécifique des quadras qui jetant un regard derrière eux se demandent ce qu'ils ont fait de leur bel âge.

Coincé entre les babas-cool et la génération no future, ennuyeux, apathique, dépressif, dôté d'une sexualité concentrée sur l'usage du minitel SM, il s'englue dans un quotidien dépourvu d'énergie avec l'alibi d'une époque où il ne se passe rien. Une réussite toutefois son personnage est à l'image de ces années qu'il qualifie, selon un bon mot d'un homme très médiatique, de rien .

Mais sans doute ne suis-je pas un bon lecteur averti puisque le livre a obtenu le Prix des Deux Magots 2003. Certes, il ne s'agit que du prix d'un ex-café littéraire cher aux existentialistes et qui est devenu un lieu touristique incontournable de Saint Germain des Prés.