Emiliano Monge est un écrivain mexicain ayant étudié les sciences politiques avant de devenir éditeur puis journaliste. Il se consacre désormais totalement à l’écriture avec à son actif déjà trois romans. Le dernier, Les terres dévastées, traduit dans plusieurs pays, a été récompensé en 2016 par l’un des plus importants prix littéraire sud-américains, le prix Elena Poniatowska. Il fait aussi partie des "Bogota 39", les 39 meilleurs auteurs d’Amérique du sud, de moins de 40 ans désignés par le Hay Festival.

Le sujet du livre se fond particulièrement dans l’actualité puisqu’il traite des problèmes rencontrés par les migrants mexicains, désireux de passer la frontière vers ce qu’ils croient être l’eldorado américain. Au milieu de la nuit et de la jungle mexicaine, un groupe de migrants, trahis par leurs passeurs, se retrouve pris d’assaut par des trafiquants. Certains sont exécutés ; les autres, triés selon le sort qui leur est réservé, sont stockés dans des camions pour être livrés dans les montagnes alentour.

On suit alors ces migrants sous la direction de deux chefs de bandes odieux, Estela et Epitafio qui sont aussi amants, partant dans deux directions opposées. Le récit alterne alors les points de vue des deux chefs mexicains, le livre d’Epitafio puis celui d’Estela, ponctué par la voix des migrants qui n’en forme qu’une, témoignant des nombreuses atrocités subies. C’est là la grande originalité de ce livre que d’intégrer des témoignages de migrants à ce récit, lui donnant une dimension réaliste et journalistique. Ces témoignages sont des vrais témoignages de migrants que l’auteur a récupérés auprès d’ONG.

Sous la forme d’une tragédie tellement d’actualité, Emiliano Monge nous décrit donc des hommes et des femmes considérés comme des marchandises, confrontés aux horreurs et à la solitude tout en conservant des bribes d’amour et d’espoir. Monge nous tient en haleine tout le long du roman, alternant chez nous l’émotion mais aussi beaucoup de gêne. Il y a tant d’inhumanité dans ce livre… On tue pour un mot déplacé, on viole pour le plaisir, on brûle les corps pour ne pas s’embarrasser. Les êtres n’ont pas de valeur si ce n’est le prix que l’on réclame quand on les vend.

Le livre reste sombre et ne laisse pas beaucoup d’espoir pour notre humanité. Même la relation entre Estela et Epitafio ne laisse pas augurer beaucoup d’espoir pour eux dès le départ. Ils communiquent entre eux tout le long du livre, prennent plaisir à faire souffrir les migrants, espérant une nouvelle vie bientôt. Estela et Epitafio sont des amants maudits. Ils ne savent pas vraiment comment dialoguer et ont du mal à se comprendre. Leur passé évidemment, explique en partie tous ces problèmes. Ils pensent savoir aimer mais ne le savent pas vraiment.

Le livre d’Emiliano Monge n’a pas ambition manichéenne avec des méchants passeurs et de gentils migrants. Il privilégie les témoignages, sûrement du fait de son ancienne activité journalistique, en intégrant des extraits de La divine comédie de Dante pour former un roman choral brillant qui nous donne à réfléchir.