Bon, ne nous arrêtons pas sur ces détails un peu fleur bleu même s’ils font partie de la découverte de l’univers qui se dessine dynamiquement entre le groupe et nous, le disque n’est toujours pas dans la platine, dépêchons nous de ne pas rater ce rendez vous proposé.
Edison Woods tente de s’inscrire ostensiblement dans la lignée du courant du post rock le plus mélancolique (ni épique, ni math-rock) proche jusque dans ses thèmes bucoliques d’Esmerine ou de the Rachel’s voire parfois d’un Low, d’un Sigur Ros ou d’un ASMZ première époque, malgré une nette préférence pour des sensibilités plus légères du spleen : pas d’ambition de changer le monde mais de s’arrêter modestement sur des chemins de traverse.
On retrouve ainsi un habillage étheré et appliqué à base de cordes, de scie musicale, de mélodies minimalistes et de tout l’attirail qu’on imagine volontiers en pareille situation, le groupe s’escrime alors à repasser dans des traces bien connues mais parcourues avec une sensibilité propre, faite avant tout de simplicité et de candeur. La réalisation elle même reste un peu approximative, à s’observer chercher à creuser sa propre voie, et les maladresses fruits de cet amateurisme relatif créent une distance qui empêche d’adhérer pleinement à leur démarche.
Le difficile exercice, souvent sur le fil du rasoir et à la limite du casse gueule, de dilatation du temps souffre en effet ici d’une faiblesse dans la structure des compositions qui rend les morceaux peu convaincants et à vrai dire assez ennuyeux, la matière qui manque empêche de s’y attacher profondément et intensément. Le souci d’écriture est en effet principalement focalisé sur les textures, les sons, et les nappes d’instrument aux arrangements soignés qui véhiculent certes un paysage précis et avenant mais dans lequel les différents éléments sont souvent en conduite automatique et en faire valoir d’un voie mélodique claire mais quelconque.
On est plus proche de la musique d’ambiance et que de propositions plus ambitieuses et inédites que l’on recherche usuellement : faire du pathos avec un violon ou un piano minimaliste reste objectivement un non événement.L’univers qui se profile avec clarté en est ainsi fragilisé par son absence de propositions enthousiasmantes et cet aveuglement à croire à la pertinence et la justesse de la pauvreté de la construction.
L’album reste très écoutable mais la déception est là de se retrouver loin de la variété et la richesse du propos des maîtres du genre, en clair un manque singulier de relief et de flamme, de propositions musicales valables. On reste uniquement touché par l’amateurisme soigné et sincère de Julia Frodahl, chanteuse et tête pensante de la formation, qui ne nous empêche pas de voir s’agiter dans son dos les ficelles qui font s’animer mollement le avatars d’Edison Woods : un monde visiblement factice peuplé de très nombreux instruments utilisés pour leur timbre avant tout dans une sorte d’écriture intuitive et primitive plus que pour aborder la complexité de leur association source potentielle de paroxisme, de surprise ou d’évasion véritable.
Si le disque est donc peu intéressant, les possibilités restent pourtant relativement prometteuses, avec parfois des idées qui rappellent les ambiances que défrichent avec plus ou moins de succès, mais avec une vraie originalité, à la fois Lisa Gerrard et Lisa Germano. On est en effet ici surtout fatigué par l’indigence scolaire de la musique et le manque de lucidité à vouloir s’approprier un héritage musical approximatif, enfin et avant tout par le fait que cela ne fonctionne pas, cet échec relatif n’est pas au niveau de la sensibilité pas banale qu’on percoit fugitivement en arrière plan.
On attendra pour ces raisons avec intérêt la possibilité de retrouver cette sensibilité exploitée dans un autre projet qui offrirait des costumes dans lesquels Julia Frodahl se sentirait sans doute plus à son aise.
Un rendez-vous manqué.
