Réalisé par Marlen Khoutsiev. URSS. Comédie dramatique. 1h55 (Sortie en 1966). Avec Evguenia Uralova, Alexandr Belyavski et Youri Vizbor.

Il a l'air de faire chaud à Moscou, cet été 1966. Léna, belle passante en robe légère, est notre guide dans cette ville illuminée par le soleil.

La jeune femme travaille dans un atelier de reprographie d'oeuvres d'art ; fiancée au beau Vlodia, elle songe un peu au mariage. Mais, de soirée en soirée, de partie de compagne en réunion mondaine, leur relation se délite tandis que Léna continue à affirmer son indépendance.

On connaît peu, en France, Marlen Khoutsiev, cinéaste soviétique auquel la Cinémathèque française rend hommage du 10 au 28 mai 2017. Auteur de quatorze films, il signe avec "Pluie de juillet" une œuvre moderne qui n'a rien à envier à la Nouvelle Vague française.

Réalisé durant le Dégel, le film fait montre d'une belle liberté formelle : ainsi la caméra suit-elle Léna dans la rue, comme un passant indélicat auquel la jeune femme, mis-amusée, mi-agacée, jette de fréquents coups d'oeil.

D'ailleurs, la blonde Léna rappelle souvent la Macha Méril d'Une femme mariée. Mais, contrairement aux personnages féminins imaginés par Jean-Luc Godard, la Léna de Marlen Khoutsiev ne demeure pas objet d'un regard masculin. Insaisissable, certes, comme le montrent les longs plans qui la cadrent de dos, la jeune femme ne cesse d'affirmer son existence, se dérobant parfois à la vue du spectateur.

Les discussions absconses, la lassitude et l’insignifiance de certaines relations sociales évoquent le Jean-Luc Godard de "Une femme mariée" ou de "Pierrot le fou". L'auteur dépeint avec sévérité les banalités d'un monde où , sous le paraître, point sans cesse l'ennui.

Mais ces moments de sociabilité se transforment soudain en beaux instants de mélancolie, où les chansons d'un dissident, interdites par la suite, peuvent encore être entendues. Au milieu des festivités, elles disent l'amour et la mort, la beauté et la tristesse d'un monde à la recherche de sa liberté.

Le monde du Dégel est présenté dans toute sa quotidienneté. Léna et sa mère partagent un grand appartement collectif, sans doute un ancien appartement bourgeois désormais occupé par une multitude de famille qui se croisent et partagent les pièces. Le téléphone au milieu du couloir devient ainsi l'un des enjeux du film : dans un univers clos, où la promiscuité est grande, les coups de fil nocturnes sont pratiquement interdits, et les mots d''amour ne peuvent plus se dire que dans le plus grand secret.

Mélancolique, "Pluie de juillet" ne l'est certainement. Mais il évoque également un monde plein de vie, dès la séquence d'ouverture. Icônes religieuses, toiles de maître sont montées en alternance avec des images de la ville ; les sons et les musiques se succèdent, comme si un main invisible avait tourné le bouton d'un poste de radio. Se dessine alors la multitude des vies et des couleurs qui habite la capitale russe.

Car Moscou est bien la grande héroïne de ce film. Dans de longs plans-séquences, Marlen Khoutsiev filme avec délectation la beauté de cette ville changeante et palpitante. Ainsi, ce plan où les deux amants traversent une rue, et longent les tramways qui commencent à s'ébranler dans les premières lueurs du matin. Soudain, c'est cet éveil mécanique qui fascine le cinéaste. Mais s'il semble un moment perdre ses personnages, c'est pour mieux les retrouver enlacés, sous le quadrillage géométrique des câbles, devenu soudain un abri.

Doux, poétique, lumineux, "Pluie de juillet" est une œuvre intense, la (re)découverte d'un grand cinéaste dont les œuvres sont quasiment impossibles à voir en France. Alors courez-y.