Réalisé par David Fincher. Etats Unis. Thriller. 1h40 (Sortie le 31 janvier 1996). Avec Brad Pitt, Morgan Freeman Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow, John C. McGinley, Endre Hules, Kevin Walker, Daniel Zacapa et Kevin Spacey.
"It's gonna be very scary", aurait dit David Fincher à Darius Khondji au moment de commencer le tournage. Une plongée avec eux dans un monde bien glauque et bien poisseux, ça vous dit ?
Retour vers l'un des films noirs les plus cultes des années 1990 ! Mais d'ailleurs, qu'est-ce qui fait le bon film noir ?
1- Une histoire bien sinistre, avec morts à la pelle et méchant méchant ?
Pour ceux qui ne le savent pas (encore), le "Seven" de David Fincher raconte une semaine dans la vie de deux inspecteurs de police.L'un (Morgan Freeman), âgé et fatigué, est sur le point de prendre sa retraite ; l'autre (Brad Pitt), jeune chien fou, ne rêve que de faire ses preuves, quitte à emménager dans un quartier pourri, au grand désarroi de sa chère et tendre (Gwyneth Paltrow) .
Ce duo chapeau mou et veste de cuir unissent leurs forces pour traquer un psychopathe particulièrement psychopathe. Le tueur punit ses victimes pécheresses en leur infligeant des châtiments témoignant d'un haut niveau d'imagination et d'une lecture toute personnelle de Dante et Milton.
On aime particulièrement l'obèse qui mange jusqu'à en imploser, vision qui couperait l'appétit à tout imprudent qui n'aurait pas grignoté avant la séance.
2 - Un nihilisme permanent qui finit par engloutir tout sur son passage ?
Amis du genre humain, passez votre chemin. Le monde de David Fincher n'est pas fait pour vous. Le monde qu'il décrit dans Seven est entièrement contaminé. Peu à peu, les démons que les héros traquent durant le jour viennent les poursuivre la nuit ; partout, le bruit de la ville qui, comme l'éternelle pluie, s'infiltrent partout et empêchent le sommeil.
Car ces bruits, ce sont les appels de la violence et les cris des victimes, les signes d'un monde dérangé où le seul calme vient du rythme régulier d'un métronome.
L'obsession est depuis longtemps au cœur du cinéma de Fincher : obsession de la violence dans "Fight club", obsession du lien social dans "The Social network", obsession de la perfection dans "Gone Girl". Mais c'est bien "Zodiac" que ce film annonce le plus.
On se souvient peut-être de cette enquête, dans le San Francisco des années 1970. Dans Seven comme dans "Zodiac", l'obsession d'un enquêteur pour celui qu'il recherche emplit progressivement sa vie, annihilant toute possibilité de contact avec le reste du monde.
Elle peut être emplie de noblesse, comme dans cette très belle séquence de lecture nocturne à la bibliothèque où Morgan Freeman déambule dans les rayons, confronté au mal sur fond de musique classique, l'Enfer et le Paradis mêlés.
Elle est également enthousiasmante, vivifiante : ainsi, les deux enquêteurs se rapprochent en travaillant ensemble chez le personnage incarné par Brad Pitt. Mais c'est aussi, alors, laisser le mal rentrer chez soi.
Comme le Robert Graysmith de Zodiac, comprenant soudaint, seul au milieu de ses cartons d'archive, que le mal pourrait atteindre ses enfants, les personnages de Seven comprennent, mais trop tard, que la sécurité du foyer n'est qu'un leurre. Jusqu'à contamination totale du mal.
3 - Une atmosphère saturée et bien glauque ?
Et oui, l'un des grands secrets du film noir, c'est bien sûr la lumière. Et pour une fois, c'était d'ailleurs elle qui était mise à l'honneur, puisque la Cinémathèque française rend hommage au chef opérateur Darius Khondji.
La lumière solaire de Woody Allen, les teintes jaunes-vertes de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, le grain si émouvant des films de James Gray, la précision machiavélique de David Fincher, c'est lui.
Pour "Seven", il crée une atmosphère glauque : la lumière ne semble jamais que percer faiblement à travers un voile d'obscurité. Les lieux sont fermés, les fenêtres murées, les ampoules brisées. La respiration finale, qui fait plonger le film noir dans le western et les grands espaces, est en réalité trompeuse. L'étouffement progresse tandis que monte la tension et le sentiment d'urgence dans un monde qui se referme peu à peu sur les personnages et le spectateur.
Minute militante : on ne peut qu'applaudir la décision de la Cinémathèque française de projeter une copie 35mm du film au lieu d'une version numérique. Car le grain si particulier de la pellicule apporte une densité sale à l'image, une profondeur que le numérique a tendance à aplatir. Ce film si connu, il nous semble alors qu'on ne l'avait jamais vu. Et qu'on ne l'oubliera plus.
