Emmanuelle Monet Experience

La découverte fut une belle surprise. Comment s’imaginer, parler avec Emmanuelle Monet ? Comment se passera cette interview ? Ne vais-je pas passer pour un petit amateur ennuyeux ? Les questions seront-elles à son niveau ? Tout ceci me trotte dans la tête… quand le téléphone sonne.

Emmanuelle Monet se présente avec une voix belle et chaleureuse. Il y a chez les artistes vrais, toujours une douceur, une chaleur qui vous met à l’aise. Non le rock n’est pas la musique du diable. Le rock est un cri, une voix qui dit : "Non". Permettez-moi de citer cette phrase de Bernard Lavilliers (oui je la cite souvent, il est vrai, n’importe) : "La musique est un cri qui sort de l’intérieur". Pas un cri forcément mauvais. Emmanuelle Monet dit "non" en tous les cas à la monotonie. Elle aime la musique, elle aime jouer de la musique, elle aime composer de la musique. Manu est une musicienne jusqu’au plus profond d’elle-même.

Emmanuelle Monet est belle. L’avez-vous déjà vue ? Elle a un charisme incroyable. Pourtant je ne l’ai vue qu’en photo, et que sur des vidéos, jamais en personne, jamais sur scène, je ne connaissais même pas Dolly, alors imaginez. Pourtant, je le sais, elle est belle. Si j’étais un photographe, je me régalerais de l’immortaliser. Photographier son beau (et un peu sombre) visage, ses yeux, ses yeux qui vous regardent franchement, ses yeux qui ne demandent qu’une chose : l’amour. Attention chers lecteurs ! J’écris en toute pureté d’intention, ne vous méprenez pas : le mot amour est tellement galvaudé aujourd’hui. L’amour ne veut pas dire "baiser". Non, Emmanuelle a besoin d’être aimée, comme, tous, nous en avons besoin. Un artiste d’une telle qualité, d’une telle sensibilité peut être un peu plus.

Emmanuelle Monet, n’est pas comme tout le monde, voyez : c’est une femme courageuse : pionnière en bien des domaines, habitée par la musique rock de bon goût, le rock quoi… le rock qui la rend sensible, et triste aussi… pas triste au point de ne rien faire, mais triste dans les yeux, l’amour qui cherche des réponses… Sur scène tout s’en va, en composant aussi, mais dans la vie ? Emmanuelle Monet a besoin d’amour vrai. C’est ce que j’ai entendu… et pas que chez elle. Pas que chez elle…

Ce moment passé au téléphone avec Emmanuelle a été une expérience édifiante : interviewer cette immense artiste. Et, à ma grande honte, je ne faisais que la découvrir. Pourquoi ? Parce que, jusqu’à il y a un an, je n’écoutais que très peu de rock francophone, tant j’étais occupé par l’univers presque infini de Frank Zappa et par d’autres musiques qu’on va appeler, pour faire court : "rocks anglophones", mais plutôt dans le domaine underground, glam, punk, blues-rock…

Au départ je voulais écrire un article sur l’album superbe de Manu, La Vérité. J’ai découvert ce CD bêtement sur Deezer qui me le proposait à l’écoute, dans les nouveautés. C’est le dessin de la pochette qui a attiré mon attention. Un dessin simple, énergique, puissant, et je me suis mis à penser que celui ou celle qui a fait un tel chef d’œuvre pourrait dessiner l’un de mes personnages. Puis j’ai écouté l’album, écrit un petit article à son sujet. Un commentaire apprécié par Manu. Pour votre serviteur, Manu était un groupe, vous verrez en lisant la suite. Mon "boss" n’était pas chaud du tout chaud pour une telle chronique, vu que des écrits sur La Vérité, il y en avait déjà pas mal.

Alors l’idée de ce petit article m’est venue lorsque j’ai appris que Manu jouerait deux fois en première partie de Dionysos, sous une formule différente, acoustique. Cela m’a fait réfléchir (chers lecteurs, vous allez vous dire : "Cet Ichigo, il réfléchit tout le temps". C’est vrai, c’est un problème). Comment en parler alors que je ne peux me déplacer jusqu’à Strasbourg, et que pour moi, les concerts : c’est fini ? Oui ma santé ne permet pas que j’aille dans ces lieux que j’appréciais fort. Je ne tiendrais pas, et même en VIP assis, ce serait trop long et très éprouvant. Alors l’idée est venue toute seule : "Et si j’écrivais un petit article en interviewant Emmanuelle Monet bien entendu, Matt Murdock son guitariste et l’incroyable Mathias Malzieu (il ne se trouve pas en "tête d’affiche" de cet article, car le sujet n’est pas son immense talent et son groupe Dionysos (pour l’instant). Mais si je le peux, eh, eh, j’écrirais bien volontiers un article sur (peut-être) le meilleur groupe de rock en France, et même l’un des meilleurs au monde. Mais cela c’est une autre histoire, ne nous égarons point).

Mathias Malzieu devait apparaître quand même dans ce petit article (oui je tiens à répéter que c’est un petit article) qui concerne une grande dame, celle que nous aimons tous, n’est-ce pas ? Parce que Mathias a permis, justement, à Manu de jouer autrement, de faire une belle et mémorable expérience.

La première question est obligatoire pour tous les artistes, la voici : Un malade, gravement atteint vient vers vous et vous dit : votre musique me fait du bien, elle calme mes douleurs et me fait oublier ma maladie. Quel effet cela vous fait-il ?

Manu : Il y a une réaction épidermique, c’est la chair de poule. Au départ, on ne se rend pas compte… Les gens me donne trop d’importance. Mais de cette manière c’est plus utile. Quand j’écris les textes, j’aime que les gens se les approprient. J’aime laisser l’histoire à la personne. Ainsi cela peut aider les gens. "Je ne veux pas rester sage" a permis à des personnes d’apprendre à jouer de la guitare par exemple.

Pourquoi faites-vous de la musique et pour qui ? Pouvez-vous approfondir ?

Manu : Je fais de la musique pour moi, c’est vital, c’est comme respirer. Je sais que ma musique va être écoutée, du moins je l'espère évidemment. Mais je fais de la musique par rapport à ce que je suis. On est des messagers, on laisse des traces et savoir que ma musique aide les gens, cela n’a pas de prix. En fait il y a mille raisons, du pourquoi, c’est très ludique, c’est un plaisir.

La guitare a-t-elle toujours été votre instrument préféré et jouez-vous d’autres instruments ?

Manu : Mon frère jouait de la guitare. J’ai voulu faire du chant. En groupe je me suis mise à la guitare. J’ai commencé vers 20-22 ans. Je le fais pour m’accompagner et cela m’aide à composer. Je joue aussi de la basse, de la batterie. Je fais du clavier pour créer des sons.

Comment composez-vous ? Est-ce en vue de la scène ?

Manu : Je devrais, car parfois je m’égare dans ma recherche de sons, alors maintenant je m’efforce à composer des choses plus brutes. Je pense au live, oui, mais j’aime créer et la créativité ne doit pas être arrêtée.

Pour la première partie de Dionysos vous avez relevé un défi pas facile, comment vous êtes-vous préparée ?

Manu : J’ai la grande chance de connaître Christophe Saunière qui est multi instrumentiste. Il vient de la scène punk et il joue aussi de la harpe. C’est Pat Kebra, guitariste du groupe Punk Oberkampf (1978-1985) qui m’a présenté Christophe. On s’est mis en ami sur Facebook et le lendemain on enregistrait Tenki Ame en studio ! Mon autre très belle rencontre est avec Damien Jarry qui joue du violoncelle, du piano, qui chante merveilleusement bien aussi. Je suis tellement heureuse qu'ils acceptent mes invitations à chaque fois.

(Quelques mots sur ce EP extraordinaire de 8 titres en japonais, à la sublime pochette, moi qui aime le rock japonais, eh, eh, je ne peux m’empêcher de vous faire lire un commentaire glané sur Internet :

"Manu a découvert la culture japonaise contemporaine avec les mangas, les jeux vidéo, et les dessins animés particulièrement ceux de Hayao Miyazaki du studio Ghibli. L’envie de rendre hommage à cette culture, qu’elle adore, et de chanter en japonais est venue très naturellement, et en 2006 elle a confié des musiques, à une de ses amie Suzuka Asaoka, journaliste et animatrice de la chaine de télé Nolife en lui demandant si elle pouvait lui écrire des textes dans sa langue natale, et l’alchimie a fonctionné. Manu chante ces titres sur scène depuis longtemps, mais ne les avait pas encore enregistrés, et n'avait pas trouvé de place pour eux sur ses albums. Donc voilà pourquoi Manu sortira la semaine prochaine ce disque exclusivement chanté en japonais. (L’Actu Musicale de France Bleu Loire Océan)")

…Quand Mathias Malzieu m'a proposé de faire la première partie de Dionysos en acoustique, j'étais très fière et je voulais que notre set soit à la hauteur de son élégante invitation. J'ai aussitôt pensé à Damien et Christophe pour nous accompagner Matt Murdock (Patrick Giordano) et moi sur ces deux belles dates (19 novembre à Valenciennes et 3 décembre à La Laiterie à Strasbourg). Je savais qu'ils allaient m'aider à re-visiter mon répertoire en le décorant et en le sublimant avec leur violoncelle et harpe. Nous avons très peu répété car je sais que la magie opère rapidement avec eux et que nous aimons laisser la part belle à quelques improvisations. Et l'émotion était là, c'était un très beau moment, un challenge réussi. Comme nous étions en Alsace nous en avons profité pour jouer dans le joli petit auditorium de l'Espace Marceau à Holtzheim grâce à Vincent Wagner, un membre de ma Power Street Team de rêve que je salue au passage. Un magnifique RV que j'espère réitérer…

Pour en revenir à Mahias et aux Dionysos, ils m'avaient déjà conviée à ouvrir pour eux la première fois en novembre 2006 avec ma toute nouvelle formation à l'époque, le début de Manu donc, mon premier concert en solo avec Nikko, Nirox et Ben. Cela nous avait boostés à l'époque et je remercie Mathias à chaque fois, cela l'agace gentiment d'ailleurs.

Aimez-vous ce genre d’expérience musicale et pourquoi ?

Manu : Oui et c’est l’avantage d’être indépendante, de faire son label. J’avais besoin d’autres expériences.

Le premier album Rendez-vous (2008) était exutoire. Le deuxième La dernière étoile (2013) avait plus de références libres. Puis j’ai voulu explorer les paroles en japonais avec l’EP Tenki ame (2014). J’ai sorti le DVD + CD live Rendez-vous à l’Elysée Montmartre (2010). Après tout cela, c’était le moment de revenir à mes premières amours : La Vérité (2015).

Que pouvez-vous nous dire sur le fait d’être sur scène ?

Manu : Pendant longtemps cela a été mon terrain de jeu favori. Maintenant je prends autant de plaisir à composer et enregistrer. La scène, c’est parfois compliqué, il faut faire la route, répéter longuement pour parfois juste une demi-heure de plaisir. C'est frustrant parfois, mais ça en vaut la "peine". Surtout qu'on s'amuse beaucoup tous ensemble dans le camion.

Quand j’ai commencé, je voulais chanter derrière la batterie. On ne voit pas mon visage sur les pochettes de mes albums en général car je ne trouve pas cela primordial. Avec le temps être sur scène c’est devenu fort, pour être avec les gens. Je n’ai pas fait de la musique pour être mise en avant. Grâce à la scène, je me suis réconciliée avec mon image. Et j'aime ressentir ce partage, ce que je n'aurais pu connaître si je m'étais obstinée à vouloir inventer le concept de rester au fond de la scène. Je pense que j'avais peur tout simplement et que je voulais me cacher, quand j'y repense c'est très amusant en fait.

Et sur le groupe Manu ? (Rappelez-vous chers lecteurs de la confusion dont je vous ai parlé plus haut)

Manu : Manu c’est moi. C’est un projet solo avec un line-up qui change parfois mais toujours avec mon meilleur ami Nirox à la batterie. Pour le prochain album, j'espère pouvoir continuer ce que nous avons entamé avec Laurent (Duval), Matt et Nirox, nous avons encore plein de belles choses à faire ensemble. Ils m'inspirent beaucoup.

Qu’est-ce que Manu apporte de plus à la scène rock française ?

Manu : J’essaie d'apporter ce que je ne vois et n'entends pas assez ailleurs. Je ne joue pas un personnage, je suis moi. Je n’aime pas faire la même chose, au même moment, par exemple : lors d’un concert à tel moment dire telle phrase au public, et le concert suivant ce sera la même chose, ainsi de suite. Cela peut me faire fuir une salle de concert, vraiment. La sincérité, l’honnêteté c’est ce que j’aime retrouver. L'authenticité aussi. Cela peut paraître prétentieux, mais je pense vraiment que c'est ce que nous dégageons sur scène, il n'y a pas de calcul.

Peut-être devrait-on parfois… peut-être devrais-je travailler plus mon "image", etc. mais cela ne m'intéresse pas et me demanderait beaucoup d'efforts, ce ne serait pas naturel alors tant pis ou tant mieux… Je ne comprends pas par exemple, même si je le respecte, le fait de devoir travailler sa présence sur scène, il y a des stages pour ça, si si… C'est incompatible avec ma façon de faire et présenter ma musique. Je préfère travailler mes chansons, passer du temps à chercher des sons, apprendre les nouveaux logiciels, continuer mon apprentissage d'écriture. Ma quête de l'écriture la plus simple possible est l'exercice le plus ludique et le plus compliqué pour moi.

Le fait de bien s'entourer techniquement aussi est important, je l'ai appris grâce et avec Dolly. J'ai encore une fois beaucoup de chance, j'ai une équipe formidable que ce soit au son ou aux lumières. Tout cela se prépare et demande du temps et de la complicité.

Pour terminer ma longue réponse à ta question, je me dois de citer ma référence première en France : Les Wampas. Didier est mon philosophe préféré, le poète punk et un des meilleurs song-writers que je connaisse. En plus, il est fou et n'a peur de rien. Aucun interdit, surtout pas. Un concert des Wampas est toujours un moment unique où tout peut arriver. D'ailleurs, je vous recommande les DVD de David Vallet qui les a suivis en tournée pendant plusieurs années. Tout est dit dedans.

Que voudriez-vous que l’on retienne de Manu ?

Manu : Oh la question est dure mais la réponse est simple finalement puisque grâce à la musique ou à l'art en général, on laisse des traces. Donc mes chansons, mes collaborations, mon parcours, je suis fière de tout et je ne regrette rien. Et un petit peu de ma voix qui résonnerait encore un peu me ferait plaisir…

Voici trois questions supplémentaires : Matt Murdock en deux mots.

Manu : C’est mon amour… Génialement fou.

Nico Hitori De en deux mots.

Manu : Magnifique et simple dans le trait.

Mathias Malzieu en deux mots.

Manu : Super-Héros, c'est le cow-boy surfer d'argent sur la planète Terre.

Pour compléter ce petit article, il était normal d’aller poser quelques questions à Matt Murdock et à Mathias Malzieu qui ont eu la grande gentillesse d’y répondre.

Commençons donc les interrogatoires par Matt Murdock :

Cette première question est obligatoire pour tous les artistes : un malade souffrant d'une grave maladie vous dit: "Votre musique apaise mes maux et pour un instant j'en oublie ma maladie", quel effet cela vous fait-il ?

Matt Murdock : Cela me met du baume au coeur. Voilà la meilleure raison de continuer.

Votre CV est bien rempli, est-ce la musique qui vous passionne le plus ?

Matt Murdock : C'est ce que je préfère et ce que je sais le mieux faire. J'ai composé dès que j'ai touché mon premier instrument (le piano, enfant), ça doit être inscrit dans mon ADN et cela m'obsède.

Que diriez-vous en quelques mots sur Manu ?

Matt Murdock : Intègre et lumineuse. Et talentueuse.

La scène est-elle importante, vitale ?

Matt Murdock : Je m'y sens très bien. La musique est vitale, que ce soit sur scène ou pour composer ou enregistrer.

Composez-vous en vue de la scène ?

Matt Murdock : Je compose surtout pour moi, et je ne fais pas de scène avec mes titres en ce moment. Mais j'y pense quand même lorsque j'écris.

Comment vous êtes-vous préparé pour ce concert particulier en première partie de Dionysos ?

Matt Murdock : On a répété, tout simplement. Notre formule acoustique est très différente de l'électrique. Mais tout aussi intense. Dans un autre genre.

J'étais guitariste d'un groupe de rock, j'ai cette question qui me démange : qu'est-ce qui se passe dans votre tête lorsque vous partez dans un solo de guitare en concert ?

Matt Murdock : Je ne suis pas à proprement parler un soliste, du moins au sens "rock" du terme. Si je me lance dans un solo, j'essaie toujours de trouver une nouvelle mélodie, de nouvelles harmonies. La technique ne m'intéresse pas. Ce qui me motive, c'est de chercher la mélodie parfaite. Au chant ou sur un instrument. Je cherche toujours, mais ce n'est pas pour cela que je trouve, hé hé.

Pensez-vous que Manu ait un message à faire passer ?

Matt Murdock : Oui, je le pense. Il faut lui demander, je pense. Ce que j'aime dans ses textes, c'est qu'il y a rarement un message explicite, trop évident au premier abord. On découvre le sens au fil des écoutes, ou on s'en fait sa propre lecture. Je me méfie des textes engagés et des "messages un peu trop explicites". Même si je peux aimer, parfois, certains textes "engagés". Certains le font très bien.

Vous aimez participer à différents projets musicaux. Pourquoi ?

Matt Murdock : Je ne participe pas à tant de projets que ça. Pour Manu, c'était une évidence. Et un grand honneur de jouer avec elle, car avant ça, j'ai toujours adoré sa musique. Cela s'est fait naturellement. Pour Akira pareil, je suis fan de sa musique et j'ai toujours cherché à marier les univers de la musique et du jeu vidéo. Et c'est là aussi un grand honneur d'avoir joué avec lui.

Qu'espérez-vous que l'on retienne de Matt Murdock ?

Matt Murdock : Ouh là ! Aucune idée.

Voici une question supplémentaire qui n’a rien à voir avec Manu : Akira Yamaoka en deux mots.

Matt Murdock : Génial et droit.

Et une punition, encore trois questions, mais sur la bédé, les comics. En tant que scénariste sur quels personnages avez-vous travaillé, les vôtres ?

Matt Murdock : J'ai écrit plusieurs scénarios, mais à part des histoires courtes, je n'ai malheureusement publié que 3 albums de la série Jeepster il y a déjà un certain temps. C'était de la SF, avec une certaine dose d'inspiration manga. Et le nom du perso venait de l'une de mes chansons préférées, de T.Rex.

Aimez-vous les adaptations au cinéma des comics de Super-Héros ?

Matt Murdock : Oui, j'adore les Marvel, car même si on sent que ça tourne parfois en rond, j'ai lu énormément de Marvel pendant 20 ans. Enfin, toutes les sorties françaises que faisait Semic, les Spidey, Nova, Titans, Marvel et tous les autres. J'ai avalé des milliers de pages et j'ai toujours rêvé de les voir adaptés sur grand écran. Donc, je profite, même si je choisis un peu plus maintenant, vu le grand nombre de sorties. Je trouve que même s'il y a des frustrations par rapport aux BD, c'est quand même agréable de voir des persos que j'adore au cinéma, comme Ororo, ou Spidey.

Par contre pour ce dernier, j'ai cessé de les voir quand Sam Raimi a arrêté. Je trouve les nouveaux reboot trop teenagers et sans grand intérêt. Par contre, j'ai aimé ce qu'a fait James Gunn avec les Gardiens de la galaxie. J'aime bien retrouver un univers et des persos qui me sont familiers, et quand il y a une patte d'auteur dans ces grosses machines, comme pour Gunn ou Raimi. Par contre, je n'accroche pas au Batman de Nolan.

Quel est pour vous le meilleur scénariste pour Daredevil ? Et dessinateur ?

Matt Murdock : Mon DD préféré, c'est un ancien, un classique : Born Again de Miller et Mazzuchelli. Son côté mystique et lyrique m'a profondément marqué.

Nous laissons Matt Murdock et sa gentillesse, tout en le remerciant et nous allons un peu rencontrer un grand du rock made in France, Monsieur Mathieu Malzieu. Pour la petite histoire, notre premier, disons contact, ne s’est pas très très bien passé par ma faute. Alors je me suis excusé de tout mon cœur. Mathieu a montré aussi son cœur aimable en pardonnant la maladresse de votre serviteur et en s’excusant aussi. Grand Monsieur ! Bravo et merci. Mais tout cela n’a pas empêché que Mathias Malzieu passe à la question.

Cette première question est obligatoire pour tous les artistes, pour vous elle va avoir certainement une portée émotive : vous avez un malade qui souffre d'une grave maladie qui vous dit : "Votre musique apaise mes maux et m'aide à oublier un instant ma maladie". Quel effet cela vous fait-il ?

Mathias Malzieu : Humblement, on est toujours heureux de créer du lien et des résonances. Tous les cas sont différents, personne n'a de leçons à donner à personne. Par contre, tous les encouragements sont bons à prendre. J'en ai reçu, si à mon tour je peux en donner, cela me rend heureux.

Pourquoi faites-vous de la musique et pour qui ?

Mathias Malzieu : Pour la joie et l'aventure. Pour la sensation et la transe ludique. Parce que ça me passionne et que j'ai du plaisir à la partager. Je ne le fais pas pour un public particulier, je le fais pour qui veut. Tout le monde est bienvenu.

Vous vous lancez dans divers projets parce que pour vous l'art (musique, image, écrits...) est un ?

Mathias Malzieu : L'art est un jeu magique et émotionnel. Peu importe le véhicule. L'essentiel est de raconter des histoires, d'être curieux et inventif.

Il y a quelque chose qui se passe quand vous montez sur scène. J'ai connu cela. Et après le concert ?

Mathias Malzieu : Après le concert : la douche, la redescente. La re-transformation en douce en l'autre moi-même, celui de tous les jours.

La scène est-ce là que vous vous sentez chez vous ?

Mathias Malzieu : Non, la scène est un voyage, une aventure, un risque. Ce serait prétentieux ou paresseux de penser que la scène est ma maison.

Êtes-vous un artiste qui cherche absolument à passer des messages ?

Mathias Malzieu : Non. Ou alors quelque chose de large, la curiosité, l'ouverture de l'esprit. Pas de dogme, pas de chapelle, juste une auberge espagnole créative ouverte à tous.

J'ai remarqué que vous aimez jouer vos morceaux de différentes manières (électrique, acoustique, avec votre petite guitare), pourquoi ?

Mathias Malzieu : C'est un ukulélé. Toutes les chansons sont faites pour évoluer et être jouées avec des arrangements différents. Rien n'est gravé dans le marbre. Écrire et jouer-chanter est une tribune d'expression libre, aucune raison de faire toujours la même chose. Nous vivons dans un monde qui a tendance à se replier sur lui-même. Chanter du rock n'roll est un acte d'ouverture ludique.

En quelques mots que diriez-vous sur Dionysos, à part que votre voix est unique et prenante ?

Mathias Malzieu : Je dirais que c'est une famille, une bande de copains qui s'amusent à travailler et travaillent à s'amuser.

Et sur ces deux concerts avec Manu en première partie dans un style musical particulier, que je soupçonne d'être votre idée ?

Mathias Malzieu : Manu est une artiste que j'apprécie humainement et artistiquement depuis longtemps. Il faut aussi se rappeler d'où on vient. Et Dolly en son temps a donné de l'élan à Dionysos.

Que doit-on retenir de Mathias Malzieu ?

Mathias Malzieu : Ah ah ! Je n'en sais rien moi. Ce serait se prendre beaucoup trop au sérieux que de penser à ce que les gens doivent retenir de moi... et un peu ridicule aussi. Ce que je retiens, c'est que j'ai la chance de travailler à mon rêve chaque jour et que je ne dois jamais galvauder ce privilège.

Emmanuelle Monet en deux mots.

Mathias Malzieu : Manu : un parfait alliage de puissance et de délicatesse.

Chers amis on ne sort pas de telles rencontres sans une certaine émotion vive. Je remercie de tout mon cœur Emmanuelle Monet (Manu), Matt Murdock et Mathias Malzieu pour leur patience. Ils doivent en répondre à des interviews, mais ils sont toujours disponibles, aimables et attachants. Allez je vous dis à tous au revoir. Are You Punk ?